Mardi 18 décembre 2018

Lifting de fin de siècle pour le Musée des Offices

L’exposition consacrée aux Médicis au Palais Pitti pourrait préfigurer le nouveau visage du musée

Le Journal des Arts

Le 26 septembre 1997 - 854 mots

Le gouvernement italien a décidé de consacrer l’équivalent de 265 millions de francs à la rénovation du Musée des Offices, à Florence. Un budget qui devrait permettre l’agrandissement des espaces d’exposition et la mise en place d’une muséographie plus adaptée. À cet égard, l’exposition qui se tient actuellement dans les salles du Museo degli Argenti, au Palais Pitti, pourrait servir de modèle et donner un avant-goût de ce que seront les Offices à l’aube du troisième millénaire.

LONDRES (de notre correspondante). L’administration et les archives des Offices de Florence vont devoir déménager. Ainsi en a décidé le gouvernement italien, qui entend tripler l’espace d’exposition actuel et en profiter pour transformer les Offices en un musée moderne. Mais que signifie la notion de "présentation moderne" lorsqu’elle s’applique à une collection dynastique, accumulée depuis des siècles par la famille Médicis ? Certainement pas la poursuite du démantèlement de la collection, éclatée depuis le XIXe siècle en autant de musées qu’il y a de types d’objets et de périodes chronologiques. Depuis une trentaine d’années, on a en effet pris conscience que la richesse d’une collection réside en partie dans son unité, tandis que sa formation constitue désormais un véritable sujet d’étude. Selon Detlef Heikamp, éminent spécialiste de la cour des Médicis et l’un des commissaires de l’exposition, nous souffrons cruellement des ravages du siècle dernier. Nous ne pouvons plus, par exemple, comprendre l’observation que faisait Vasari sur la rivalité entre sculpture antique et sculpture moderne car, dans les années 1870, toutes les œuvres de Michel-Ange, de Sansovino et du Bernin ont été transférées des Offices au Bargello. De même, la vision du public est faussée par la place prépondérante accordée à la peinture. Laurent de Médicis et ses successeurs appréciaient bien davantage les vases précieux de pierres dures, aujourd’hui relégués dans la catégorie des "arts décoratifs" et rassemblés au Museo degli Argenti, dans le Palais Pitti. Il importe désormais de restituer l’unité de la collection Médicis, représentative du goût d’une époque et de la gloire du prince régnant. C’est l’idée défendue par l’exposition "Magnificence à la cour des Médicis", qui présente quarante-quatre années de rayonnement artistique florentin à travers plus de deux cents peintures, sculptures, petits bronzes, dessins et objets d’art prêtés par les grands musées italiens et étrangers : Vasari, La toilette de Vénus, Les forges de Vulcain ; Simone Mosca, La chute de Phaéton ; Caravage, Méduse ; Ammannati, Hercule et Antée ; Alessandro Allori, Le Christ mort avec deux anges ; Franceso Morandini, L’Âge d’or ; ou encore les dessins de Bernardo Buon­talenti, l’artiste favori du grand-duc François de Médicis... Cette période exceptionnelle débute en 1565, lorsque François Ier de Médicis, issu d’une riche famille de marchands, s’allie au royaume le plus puissant de la Chrétienté en épousant l’archiduchesse de Habs­bourg. Elle se termine en 1609, avec la mort de son frère, le grand-duc Ferdinand Ier, qui marque le déclin de la ville. Les Médicis ayant entretenu des liens étroits avec les cours allemandes, les musées de Berlin, Vienne et Dresde ont prêté des œuvres autrefois offertes en guise de cadeaux diplomatiques.

Scénographie ambitieuse
Dans les salles du Museo degli Argenti, le décorateur Pier Luigi Pizzi a reconstitué avec faste l’atmosphère du Palais des Offices à la fin du XVIe siècle, dont le clou est la somptueuse "Tribune" octogonale aux murs recouverts de soie écarlate – où étaient exposés en vis-à-vis tableaux et petits bronzes posés sur des consoles – avec, en son centre, la Madone à la chaise de Raphaël. Sculptures du XVIe siècle et sculptures classiques retrouvent leur disposition sur les socles d’origine. Dans la chapelle Palatine, sont présentés le Bacchus de Giambologna (provenant du Borgo San Jacopo, à Florence) et la couronne de la Vierge  (de l’église Santa Maria a Fontenuova de Monsummano). Une commode en ébène à tiroirs multiples résume à elle seule toute l’exposition : véritable musée miniature, les collectionneurs du XVIe siècle y conservaient leurs naturalia et artificiala – coquil­lages, camées, pierres dures finement gravées... Dans le même esprit, une salle est consacrée à l’intérêt des grands-ducs pour les sciences et découvertes de leur temps : astrolabes, globes armillaires et instruments ont été prêtés pour l’occasion par le Musée de l’histoire de la Science. Enfin, il y a les dessins – provenant notamment du Louvre et de Brême – qui, selon les termes de Detlef Heikamp, "sont le ciment qui unit toutes ces œuvres et témoignent également de l’architecture à la fin du XVIe siècle". Par la nouveauté de son approche, cette exposition remarquable pourrait influencer la future présentation des Offices. Antonio Paolucci, surintendant aux Biens artistiques de la Ville de Florence et ancien ministre de la Culture, lui apporte en tout cas son soutien : "Le positivisme du XIXe siècle qui a dominé la conception de nos musées en a fait des livres d’histoire de l’art. Les reconstitutions réalisées pour cette exposition ont pour rôle d’élargir le débat entre spécialistes et de tester la réaction du public".

MAGNIFICENCE À LA COUR DES MÉDICIS, jusqu’au 6 janvier 1998, Museo degli Argenti, Palais Pitti, Florence, tél. 39 55 22 58 43, tlj sauf lundi 9h-19h, catalogue publié par Electa.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°44 du 26 septembre 1997, avec le titre suivant : Lifting de fin de siècle pour le Musée des Offices

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