Dimanche 21 octobre 2018

Suisse

L’hommage de Palermo à New York

Une œuvre maîtresse de l’artiste allemand à Bâle

Par Philippe Régnier · Le Journal des Arts

Le 1 mai 1995 - 508 mots

En 1976-1977, de retour en Europe, Palermo peint une série de quarante tableaux en hommage aux citoyens qu’il vient de quitter : To the People of New York City. Cette œuvre, très peu exposée, appartenait à la De Menil Collection de Houston. Elle est montrée pour la première fois en Europe (après Bonn) à Bâle.

BÂLE -  La série, qui se compose de quarante tableaux répartis en quinze groupes, constitue à la fois l’hommage de l’artiste aux citoyens de New York et son testament, cette œuvre étant la dernière création importante de Palermo avant son décès en 1977, à l’âge de 34 ans.

Après avoir étudié à l’Académie des beaux-arts de Düsseldorf auprès de Joseph Beuys, Palermo fait son premier voyage à New York en 1970 en compagnie de Gerhard Richter. Il avait eu ses premiers contacts avec la peinture américaine par l’intermédiaire de son marchand Heiner Friedrich, dont la galerie à Munich, puis à Cologne, avait ouvert un espace à New York au début des années soixante-dix. Palermo s’installe à New York en 1973. L’idée de la série To the People of New York City avait cependant été arrêtée en 1972, alors même que seul le titre de l’œuvre préexistait.

Présentées en polyptyques de trois ou quatre, les pièces mettent en évidence le rôle des États-Unis sur les changements de la pratique picturale de Palermo. La peinture, appliquée au pinceau sur de fines plaques d’aluminium, libérée de tout cadre, révèle l’influence des œuvres d’Ellsworth Kelly. L’unité des teintes employées – rouge, jaune, noir – n’est pas sans rappeler par ailleurs les trois couleurs primaires de Barnett Newman.

La composition des œuvres, souvent un carré monochrome au centre, entouré en haut et en bas par deux bandes de couleurs identiques, confirme son attirance pour la géométrie, déjà évidente à l’époque de Düsseldorf. Les œuvres laissent apparaître une démarche plus intuitive que systématique. Certaines parties accusent en effet des repentirs, telles bandes ayant parfois changé de couleur. Ainsi Palermo commençait-il par choisir la couleur du carré central, puis par déterminer celle des deux bandes horizontales.

Il se dégage de l’exposition un jeu harmonieux de symétries, de contrastes, de rappels de couleurs. Détachées du mur, flottant dans l’espace, les pièces offrent aux salles toute leur luminosité. Les rouges et les jaunes, dans leur opposition aux noirs, créent un bel effet de dynamique. Ce même noir, dans son passage de pièce en pièce, envahit d’ailleurs, dans onze des quinze groupes, le dernier des carrés, comme un clin d’œil au carré noir de Malevitch.

La série fait ainsi la synthèse des influences plus anciennes de l’artiste, comme celles déterminantes des œuvres suprématistes, et de son contact plus tardif avec la peinture américaine. Au-delà de son caractère monumental, To the People of New York City apparaît bien comme l’une des œuvres maîtresses de l’artiste allemand.

"Blinky Palermo, To the People of New York City". Jusqu’au 16 juillet. Catalogue, 48 pages, 48 FS. Museum für Gegen­wartskunst, St. Alban Rheinweg 60, 4010 Bâle. Tél. (41-61) 272 81 83. Ouvert du mardi au dimanche de 11h à 17h.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°14 du 1 mai 1995, avec le titre suivant : L’hommage de Palermo à New York

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