Mercredi 21 novembre 2018

Dessin

L’esquisse d’un autre Boucher

Le Journal des Arts

Le 7 novembre 2003 - 691 mots

L’École nationale supérieure des beaux-arts à Paris et le Musée du Louvre révèlent la spontanéité et la fraîcheur des œuvres sur papier du peintre.

 PARIS - Afin de célébrer dignement le troisième centenaire de la naissance de François Boucher (1703-1770), l’École nationale supérieure des beaux-arts (ÉNSBA) et le Musée du Louvre ont uni leurs efforts. Mais, « à chaque rive de la Seine son parti pris », comme le souligne Henri Loyrette, président-directeur du Louvre, dans le catalogue publié pour l’occasion par son musée. « Le rocaille [...] lui est associé rive gauche, car la richesse de l’ÉNSBA dans ce domaine est exceptionnelle. Au Louvre, et avec l’aide des prêts de vingt-cinq autres musées de France, “François Boucher hier et aujourd’hui” propose une nouvelle découverte de l’artiste à travers ses dessins. »
Déconsidéré dès la fin du XVIIIe siècle, puis cantonné au style galant qu’il contribua à populariser, Boucher a longtemps été vu à travers le prisme de ses pastorales, de ses plantureuses odalisques et de ses compositions libertines mettant en scène les amours des dieux. Ce Boucher « d’hier », comme se plaisent à l’appeler Françoise Joulie et Jean-François Méjanès, commissaires de l’exposition du Louvre, est évoqué dans l’aile de Sully par quelques naïades callipyges et putti rebondis. Mais c’est au Boucher « d’aujourd’hui » que l’exposition fait la part belle, à travers des pans moins connus de sa carrière et de sa production. Très bien présentées, 78 feuilles illustrent la virtuosité technique du peintre, qui pratiqua avec une égale facilité le dessin à la plume, à la pierre noire, à la sanguine ou au pastel, ainsi que la maîtrise précoce de son trait (L’Album Cazes).

Homme  du baroque
Artiste sans maître – on ne lui connaît qu’un bref passage dans l’atelier de Lemoyne –, Boucher part en 1728 en Italie parfaire son apprentissage. Exécutées à la sanguine, ses copies d’après des artistes italiens (Lanfranco, le Guerchin, Solimena…) rivalisent d’aisance et de spontanéité. Autre révélation du parcours, les paysages témoignent de l’assimilation d’influences variées (Campagnola, Castiglione, Watteau, Oudry, les écoles du Nord) et de la poursuite de recherches multiformes : dessins sur le motif, compositions réalistes et structurées ou au contraire fantaisies typiquement rocaille. La liberté du créateur apparaît également dans ses illustrations pleines de vivacité des pièces de Molière (Monsieur de Pourceaugnac), tandis que la poésie de son style est suggérée par une Femme debout de dos au gracieux déhanché. Ces scènes légères laissent place un peu plus loin aux viriles musculatures des « académies » d’hommes nus, puis à la sobriété de ses dernières œuvres (La Continence de Scipion), vaines tentatives pour s’adapter au goût néoclassique en vigueur à partir des années 1760-1770. Comme l’écrit Françoise Joulie, « Boucher est un homme du baroque et non des Lumières ». Il suffit de franchir la Seine pour constater sa contribution fondamentale à l’esthétique rococo.
À travers 120 dessins de son fonds, l’ÉNSBA met en particulier l’accent sur le riche répertoire de formes fourni par l’artiste dans le domaine des arts décoratifs, du décor intérieur et de la gravure d’ornements. On retrouve ainsi ses putti potelés, vénus dénudées, chinoiseries ou motifs contournés sur des projets de paravents, éventails, vases, fontaines, frontispices et recueils d’ornements. Publiées pour la plupart chez Huquier, les estampes contribuèrent à l’extraordinaire diffusion du style rocaille, et inspirèrent à leur tour des artistes comme Thomas Germain (orfèvre), François Charles Caffieri (sculpteur) ou Gilles-Marie Oppenord (architecte), dont sont exposés plusieurs dessins.
Cette incursion dans l’univers rococo se poursuit au rez-de-chaussée de l’École, qui présente des travaux d’élèves inspirés des volutes, arabesques et autres profusions d’éléments naturels chères au rocaille.

- FRANÇOIS BOUCHER HIER ET AUJOURD’HUI, jusqu’au 19 janvier, Musée du Louvre, aile Sully, 75001 Paris, tél. 01 40 20 51 51, tlj sauf mardi, 9h-17h30 et 9h-21h30 le mercredi. Catalogue éd. Réunion des Musées nationaux, 160 p., 32 euros. - FRANÇOIS BOUCHER ET L’ART ROCAILLE, jusqu’au 21 décembre, École nationale supérieure des beaux-arts, 14 rue Bonaparte, 75006 Paris, tél. 01 47 03 50 00, tlj sauf lundi, 13h-19h. Cat. éd. ÉNSBA, 382 p., 33 euros. Un bus reliant le Louvre et l’ÉNSBA est mis à la disposition des visiteurs.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°180 du 7 novembre 2003, avec le titre suivant : L’esquisse d’un autre Boucher

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