Les visions de Scurti

L’artiste présente une nouvelle vidéo “mondialiste”? à Caen

Par Philippe Régnier · Le Journal des Arts

Le 4 février 2008

De la culture planétaire aux particularismes locaux, Franck Scurti offre à Caen une approche plurielle
et décalée du contexte urbain.

CAEN - Que l’on soit à Paris, à New York ou à Tokyo, les chaînes de télévision musicale diffusent un même programme continu dans lequel viennent presque au hasard se mêler son et image. Le visiteur qui rentre dans l’exposition de Franck Scurti n’est assurément pas dépaysé tant la chanson diffusée, China girl, signée du duo Iggy Pop et David Bowie, est un succès planétaire depuis son lancement, en 1983. Alors que le vidéo-clip de Bowie avait fait en son temps scandale, Scurti nous propose ici une version édulcorée avec, en “guest star”, deux jeunes Japonaises branchées tournées en dérision par une équipe de télévision. Flags vision se veut en un sens l’étendard d’une mondialisation passée à la Moulinette, quand tout se confond, les références, les esthétiques, le Japon et la Chine. La culture doit prendre un format par tous compréhensible, se réduire au plus petit commun dénominateur, c’est-à-dire à plus grand-chose. La pièce prend alors une dimension mélancolique, aussi triste que cette tête de poisson brandie de façon surréaliste par l’une des jeunes femmes.
Le hasard n’est pas propre à cette vidéo. Dans la même salle d’exposition, l’artiste a placé deux photographies dans des caissons lumineux montrant un camion garé dans une rue de Tokyo. Dans la première, un écran posé dans le coffre présente une image ; dans la seconde, il est vierge. Ici encore, Franck Scurti propose une iconographie insolite, davantage ancrée dans le temps que dans l’espace, ce dernier étant réduit à un cadre urbain générique.
La ville constitue pourtant l’une des principales problématiques au cœur de la réflexion de l’artiste. Déjà, en 1997, sa vidéo Chicago Flipper, également projetée à Caen, proposait une déambulation ludique, sur le mode de la balle de flipper, dans le métro aérien et dans les rues de la ville américaine. Scurti a mis en regard au Frac Basse-Normandie sa pièce Street Credibility qui offre une autre métaphore du déplacement urbain. Cette fois encore, il ne s’agit ni d’avoir les pieds sur terre, ni de le suivre à la semelle. Les lacets délacés offrent d’ailleurs plutôt à un parcours labyrinthique. L’artiste nous invite en revanche à décrypter notre quotidien, à y saisir tous les glissements, les brèches qui redonnent à chaque micro-événement urbain son caractère unique.

- FRANCK SCURTI, FLAGS VISION, jusqu’au 3 mars, Fonds régional d’art contemporain de Basse-Normandie, 9 rue Vaubenard, 14000 Caen, tél. 02 31 93 09 00, tlj 14h-18h

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°141 du 25 janvier 2002, avec le titre suivant : Les visions de Scurti

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