Mardi 11 décembre 2018

Les vidéos physiques du Hollandais flottant

Avec « Float » et « Lumber », Aernout Mik investit le Centre d’art de Kerguéhennec

Par Olivier Michelon · Le Journal des Arts

Le 13 avril 2001 - 471 mots

Récemment célébré dans son pays par une rétrospective, le vidéaste hollandais Aernout Mik expose au Centre d’art contemporain de Kerguéhennec deux œuvres récentes. Dans un espace remodelé, celles-ci donnent à voir de manière physique leurs scènes aussi absurdes qu’énigmatiques.

KERGUÉHENNEC - Chez le vidéaste Aernout Mik, l’image s’adresse aussi au corps, une extension du visuel au physique qui passe par l’architecture. L’an passé, la participation du Hollandais à “Panorama” –  une série d’interventions dans les rues d’Utrecht – avait pris la forme de deux gigantesques mannequins gonflables, arrimés dans les airs à un bâtiment. Quant à l’importante rétrospective que vient de lui consacrer le Stedelijk Van Abbemuseum d’Eindhoven, elle était l’occasion d’un remodelage complet des salles du musée. La présentation de deux de ses œuvres au Centre d’art contemporain de Kerguéhennec ne fait pas exception à la règle. Inverses, les rythmes et les humeurs de Float (1998) et Lumber (2000) y sont unifiés par une cimaise blanche montée à hauteur d’homme. Une taille inhabituelle souhaitée par l’artiste pour ne pas occulter totalement l’environnement, mais surtout pour imposer au visiteur un sentiment de pesanteur. À l’image de la projection systématique des vidéos au ras du sol, toute aspiration vers le haut est refusée au visiteur. Et si les personnages de Float ne cessent de décoller, ils retombent aussitôt : allongés sur le plancher élastique d’une maison aux murs de brique, deux protagonistes, dont l’artiste, rebondissent dans une posture naïve et maladroite, cherchant à s’accorder aux mouvements d’un sol subitement emballé. Une situation absurde dont la retranscription par la caméra prend le spectateur au ventre, tant la projection semble, elle aussi, animée par les soubresauts de l’image.

Ces sautillements sont loin de la pesante étrangeté du panoramique de Lumber. Obtenue à l’aide d’un plateau rotatif équipé de cinq caméras, et restituée de manière éclatée en autant de projections, cette fausse vision panoptique déroule sur les murs un vaste champ de boue habité par une foule hétéroclite aux couleurs vives : participants d’un festival de rock en plein air, rescapés d’une catastrophe aérienne ou cobayes libérés par des extra-terrestres ? “Un peu de tout ça”, se plaît à répondre Aernout Mik, tant il est impossible de qualifier ce paysage cataclysmique où se perdent des personnages hébétés aux actions ralenties. Une énigme que renforce l’architecture de l’œuvre. Aussi irrégulière que fluide, cette dernière oscille entre le cocon et le passage vers une dernière étape, où, faiblement éclairée par une ampoule, une paroi de latex placée sur un mur se gonfle et se dégonfle. Passant de la demi-sphère à la dépression concave, dans un mouvement respiratoire aux allures organiques, cette forme semble rappeler que l’image n’est pas qu’une chose mentale.

- AERNOUT MIK, jusqu’au 17 juin, Domaine de Kerguéhennec, 56000 Bignan, 02 97 60 44 44, tlj sauf lundi, 10h-18h, et aussi PAUL VAN DER EERDEN.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°125 du 13 avril 2001, avec le titre suivant : Les vidéos physiques du Hollandais flottant

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