Samedi 24 février 2018

Les trésors du Maroc, de la préhistoire à nos jours

A travers un demi-millier d’œuvres, un panorama enchanteur invite au voyage et à la redécouverte

Le Journal des Arts

Le 15 juillet 2008

Dans le cadre du « Temps du Maroc », le Petit Palais offre une anthologie de la culture de ce pays à travers un demi-millier d’œuvres, de la préhistoire à nos jours. Néanmoins, avec une salle pour chaque civilisation, ce survol des millénaires a quelque chose de frustrant, même s’il permet d’évoquer les nombreuses influences qui ont participé à la construction du pays. Habilement épaulée par une scénographie d’ambiance, « Maroc, les trésors du royaume » reste avant tout une invitation au voyage.

PARIS - Celui à qui l’on demanderait de choisir une œuvre emblématique des “Trésors du royaume” marocain serait bien embarrassé. Sans doute penserait-il d’abord à l’extraordinaire minbar de la mosquée Bû’-naniyya à Fès. Datée du XIIIe siècle, cette chaire à prêcher presque intacte, en dentelle de bois et minuscules incrustations d’essences précieuses, s’inscrit dans la plus raffinée des traditions arabo-hispaniques. Mais ce serait oublier l’art populaire des campagnes – lourdes parures en argent à la symbolique complexe, portes cloutées aux planches découpées et superposées, ou poteries non vernissées de formes originales –, plus proche des productions africaines. Remontant dans le temps, le visiteur pourrait aussi porter son choix sur le superbe buste de Juba II, roi de Maurétanie, qui a sans doute fait exécuter sa très classique effigie par un artisan gréco-romain, pour fêter son mariage avec la fille de Marc Antoine et Cléopâtre. À moins que notre homme ne s’oriente plutôt vers un astrolabe planisphérique de Fès – emprunté aux Grecs –, des zelliges – les équivalents géométriques des majoliques italiennes et des azulejos ibériques – ou encore un Coran du Xe siècle, volontairement rapproché d’une Thora marocaine par les commissaires de l’exposition. On l’aura compris, le propos de “Trésors du royaume” est de montrer comment le Maroc s’est nourri, au fil des siècles, de l’imbrication de cultures différentes, sa position géographique en faisant une porte ouverte sur le monde arabe, l’Afrique et l’Europe méditerranéenne. Aussi la progression du visiteur est-elle chronologique, ponctuée par des portes de plus en plus raffinées qui marquent autant de nouvelles étapes, de nouveaux apports.

Des échantillons enchanteurs
Chaque salle comporte ses chefs-d’œuvre – les musées marocains se sont montrés particulièrement généreux –, mais étant donné l’ampleur de la période abordée, l’ensemble relève davantage de l’échantillonnage que d’un aperçu représentatif des différentes cultures. Cela dit, ce panorama sait se faire enchanteur. Plongée dans une semi-obscurité, la section consacrée à la préhistoire sera une découverte émouvante pour beaucoup, avec ses stèles et gravures rupestres. La période de la Maurétanie, qui suit une courte évocation des présences phéniciennes et puniques, est riche en pièces maîtresses, depuis le buste de Juba II (vers 25 av. J.-C.) jusqu’au chien de Volubilis (Ier ou IIe siècle ap. J.-C.), en passant par le combat d’Hercule contre Antée (IIe siècle av. J.-C.) ou le vase de Primus Publius Cornelius (Ier siècle av. J.-C.). Mais c’est dans les salles d’art islamique, aux couleurs ocre vif et bleu profond, que scénographie et objets exposés s’harmonisent le mieux, malgré des vitrines parfois un peu vieillottes. Les manuscrits et astrolabes évoquant la vie intellectuelle prennent place dans une pièce à décor de moucharabieh. Les éléments d’ornementation des plafonds et les tentures se marient dans des tons sombres et chauds, et la section des armes, des costumes et des bijoux de ville évoque un étalage marchand. Plusieurs ensembles inédits figurent dans cette partie, avec des tissus brodés et des céramiques des XVIIe et XIXe siècle.

Cette exposition, qui entend renouveler le regard de l’Europe sur le Maroc, se clôt de manière significative sur des photographies contemporaines de Bruno Barbey, et sur la vision des artistes du début du siècle qui ont découvert le Maghreb : Matisse, Camoin, Marquet, Kees Van Dongen et Bernard Boutet de Monvel. Faut-il y voir une invitation à compléter cet appétissant, mais bref, aperçu du Maroc par un voyage ?

MAROC, LES TRÉSORS DU ROYAUME

Jusqu’au 18 juillet, Petit Palais, avenue Winston-Churchill, 75008 Paris, tél. 01 42 65 12 73, tlj sauf lundi 10h-17h40, jeudi, 10h-20h.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°82 du 30 avril 1999, avec le titre suivant : Les trésors du Maroc, de la préhistoire à nos jours

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