Dimanche 25 février 2018

Les silences de Noël Dolla

Par Eric de Chassey · L'ŒIL

Le 22 août 2008

Très souvent, la pratique de la peinture abstraite est considérée comme une survivance du passé que les gestes de Duchamp et de ses successeurs auraient rendue obsolète.

Sans renier son inscription dans cette tradition de l‘abstraction, Noël Dolla poursuit pourtant depuis plus de trente ans une œuvre qui est constamment restée en liaison avec les événements historiques et les remises en cause des présupposés esthétiques. À vingt-deux ans, en 1967, rapidement associé aux activités du groupe Supports-Surfaces, il expose ses premières Structures-Étendoirs, toiles teintes et présentées comme du linge mis à sécher, plutôt que comme un tableau de musée. Dès cette époque, des éléments ready-made se trouvent à l‘occasion intégrés à ce qui est souvent pris un peu rapidement, soit pour un néoprimitivisme, soit pour une déconstruction didactique de la peinture. Manière d‘impliquer que le plus ordinaire, le plus prosaïque même, peut servir une entreprise que l‘artiste a définie comme : « peindre juste, dans l‘esprit de l‘abstraction ». Depuis une dizaine d‘années sont apparues des séries comme les Gants de toilette, où la cire colorée est destinée à « débarbouiller la peinture » ou comme les Enol A. Bait, draps maculés de substances triviales que le peintre transforme en magnifiques compositions. Le travail de Noël Dolla est ainsi celui d‘un éternel retour, où la métamorphose et le sublime ne se séparent jamais de l‘auto-ironie, trois qualités qui font séparément défaut à la plupart des artistes, et dont la réunion est plus rare encore. Du fait même de la diversité des aspects visuels de ce travail, de son esprit fondamentalement expérimental, on peut comprendre qu‘il ait pu faire l‘objet d‘une exposition partagée en plusieurs lieux et étendue sur une année, même si ce mode de présentation a pour défaut de rendre difficile les comparaisons. Après Chatou, Mulhouse et Quimper, c‘est au Centre d‘art contemporain de Vassivière que revient d‘accueillir la quatrième et dernière partie de cette non-rétrospective. Cinq Silences, cinq œuvres monumentales y sont présentées, qui marquent la continuité de la démarche par-delà la contradiction des formes. Dans la tour, Tableau d‘école utilise la tarlatane – variante translucide de la toile traditionnelle – comme un dessin dans l‘espace. Dans une salle intérieure, plusieurs toiles de la série Silence de la fumée, monochromes marqués de traces de flammes, évoquent la possibilité d‘un sublime contemporain, où la main de l‘artiste n‘intervient plus.     À l‘extérieur, des versions renouvelées et multipliées, des Structures-Étendoirs et des Restructurations spatiales, inventées à la fin des années soixante, montrent comment l‘abstraction peut se présenter dans un environnement naturel sans pour autant tomber dans l‘emphase pseudo-romantique qui caractérise la plus grande partie du Land Art. Dans toutes ces œuvres, Noël Dolla navigue ainsi à vue entre une part humoristique souvent mal comprise et une réelle beauté toute aussi mal considérée. Au moment où de nombreux jeunes artistes en revendiquent l‘héritage, il était temps de reconnaître leur auteur.

VASSIVIÈRE, Centre d‘Art contemporain, 17 octobre-31 décembre, cat. 142 p., 150 F.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°500 du 1 octobre 1998, avec le titre suivant : Les silences de Noël Dolla

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