Antiquité

Les Sassanides dévoilés

Par Sophie Flouquet · Le Journal des Arts

Le 22 septembre 2006 - 473 mots

Le Musée Cernuschi propose la première exposition française consacrée à l’art de cet empire perse.

 PARIS - C’est sur les ruines de l’empire parthe qu’un roitelet nommé Ardashir, prince de Perside, fonde en 224 une dynastie qui va régner pendant plus de quatre siècles sur un territoire s’étendant jusqu’aux confins actuels de la Chine et comprenant l’Iran, l’Irak, le Pakistan et l’ouest de l’Afghanistan. Dynastie qui cédera en 642 sous la pression musulmane. Instaurant un pouvoir centralisé et une religion d’État, le « zoroastrisme », les Sassanides jettent les bases d’un pouvoir fort, propice au développement d’un art aulique. Celui-ci est dominé par l’image du souverain figuré en roi-chasseur, comme en témoignent les estampes des grands reliefs rupestres de Taq-i Bustan, inscrits dans la filiation indigène des perses achéménides. Bâtisseurs dispendieux, les souverains sassanides étaient aussi amateurs de décors de stuc luxueux, exécutés en bas et haut relief.

Dionysiaque et fantastique
Dans la pure tradition orientale, c’est dans le domaine des arts somptuaires que les artisans ont excellé. Progressivement, leur répertoire de formes et de motifs iconographiques s’enrichit au contact du monde romain, et les thèmes dionysiaques, les pampres et les rinceaux envahissent la vaisselle d’argent. Ils viennent souvent se greffer au bestiaire fantastique, parmi lequel le semmurv – doté d’une queue et d’ailes de paon, de pattes de lion et d’une tête de chien –, symbole de la khwarnah (la gloire et la fortune royale), est l’exemple le plus populaire.
Organisée grâce à des prêts exceptionnels du Musée du Louvre et d’institutions étrangères, mais privée de quatorze œuvres du Musée de l’Ermitage à Saint-Pétersbourg  à cause de la crise qui secoue l’institution (lire le JdA no 242, 8 septembre 2006, p. 10), cette exposition permet aussi de mettre en exergue la difficulté de restituer l’origine de certaines pièces sassanides. Peu de vestiges ont en effet été exhumés lors des fouilles menées sur le territoire de l’ancien empire. En revanche, de nombreuses pièces de luxe ont fait l’objet de cadeaux diplomatiques ou d’achats par des amateurs. Ainsi de cette extraordinaire coupe connue sous le nom ambigu de Tasse de Salomon (VIe-VIIe siècles, Bibliothèque nationale de France), constituée d’une résille d’or emprisonnant des gemmes et des camées de pierre dure, qui a appartenu au Trésor de la basilique de Saint-Denis mais dont l’origine précise n’est pas connue. Le phénomène est identique pour les textiles, de nombreux samits de soie ayant été utilisés pour la conservation de reliques chrétiennes.

Les Perses Sassanides, fastes d’un empire oublié (224-642)

Jusqu’au 31 décembre, Musée Cernuschi, 7, av. Vélasquez, 75008 Paris, tél 01 53 96 21 50, tlj sf lundi, 10h-18h, www.cernuschi.paris.fr. Catalogue, éd. Paris-Musées/Findakly, 256 p., 44 euros, ISBN 2-87900-957-X À noter : colloque : « L’art des Perses sassanides, nouvelles découvertes, réflexions et perspectives de recherche », le 30 septembre, Auditorium du Louvre, tél 01 40 20 55 55.

Perses Sassanides

- Commissaire scientifique invité : Françoise Demange, conservateur en chef du département des Antiquités orientales du Musée du Louvre - Commissaires : Gilles Béguin, conservateur général, directeur du Musée Cernuschi Nicolas Engel, conservateur au Musée Cernuschi - Nombre de salles : 6 - Scénographie : Jean-Pierre Crusson et Véronique Barnéval, architectes

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°243 du 22 septembre 2006, avec le titre suivant : Les Sassanides dévoilés

Tous les articles dans Expositions

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque