Nancy (54)

Les Rouart, une hagiographie familiale

Musée des beaux-arts, jusqu’au 23 février 2015

Par Isabelle Manca · L'ŒIL

Le 17 décembre 2014 - 322 mots

Les petits maîtres ont le vent en poupe ; en ce moment le Musée des beaux-arts de Nancy en propose même trois pour le prix d’un.

L’institution porte aux nues Henri Rouart (1833-1912), son fils Ernest (1874-1942), sans oublier son petit-fils Augustin (1907-1997). Après avoir fait fortune, Henri a constitué une collection fabuleuse et a participé à l’essor de la scène impressionniste. Il a par ailleurs produit quantité de paysages assez secondaires, comme le montre la terne succession de vues de jardins réunie ici. Son fils Ernest, élève de Degas et époux de Julie Manet, a ensuite repris le flambeau et organisé plusieurs expositions impressionnistes. Parallèlement, il a réalisé des tableautins très influencés par les sujets de la vie moderne, chers à son mentor. Sans être totalement inintéressantes, ces pièces sont pourtant loin de briller par leur originalité ou leur virtuosité. Les créations du père et du fils demeurent cependant sympathiques, car ils n’ont jamais manifesté de la moindre velléité de reconnaissance, s’adonnant discrètement à leur passion pour leur bon plaisir. La situation se complique avec Augustin, père de l’académicien Jean-Marie Rouart. Féru d’art ancien et de dessin, il va même jusqu’à reprendre le monogramme de Dürer pour signer, en toute modestie, ses œuvres. Une filiation dont se serait bien passé le maître allemand tant la production d’Augustin évoque, dans le meilleur des cas, l’illustration plus que le grand art. Quand il ne s’agit pas de pièces franchement anachroniques et mièvres, à l’instar de ses innombrables natures mortes sans saveur. Il y a peu encore, on connaissait surtout la famille pour son rôle essentiel de promoteur de l’art de son temps ; or, depuis une dizaine d’années, des expositions s’attèlent à les réhabiliter comme des peintres majeurs qu’ils ne sont pas. On quitte donc cette dispensable manifestation avec l’agaçante sensation de voir consacrer des peintres amateurs qui seraient restés dans l’anonymat, s’ils n’avaient pas côtoyé et soutenu des personnalités de premier plan.

« Les Rouart : de l’impressionnisme au réalisme magique »

Musée des beaux-arts, 3, place Stanislas, Nancy (54), www.mban.nancy.fr

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°675 du 1 janvier 2015, avec le titre suivant : Les Rouart, une hagiographie familiale

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