Issoudun (36)

Les noirs désirs de Molinier

Musée de l’hospice Saint-Roch Jusqu’au 29 décembre 2013

Par Christine Coste · L'ŒIL

Le 19 novembre 2013 - 351 mots

La photographie est arrivée tardivement dans la vie de Pierre Molinier (1900-1976), au début des années 1950.

Et, bien après la peinture, que le peintre en bâtiment qu’il était à Nice pratiquait le dimanche, soit à l’extérieur, soit dans son appartement réduit à une pièce de 25 m2. Si ses nombreux paysages néo-impressionnistes (près de cinq cents) n’ont guère retenu l’attention, ses toiles de scènes érotiques ont toutes rapidement trouvé preneurs auprès de collectionneurs privés, comme le furent ses cinquante photographies montages peuplées de jambes fines parées de bas et chaussées de talons hauts, de corps et de visages travestis. En premier lieu, le sien, invariablement révélé dans un noir feutré à la densité et texture propres à ce grand fétichiste, qui, après avoir entrevu dans la photographie le moyen de mémoriser ses toiles, y vit le médium propre à nourrir son exploration de la transformation et rendre tangible ses fantasmes.

Chez cet « homme né putain », comme il se définissait, l’itinéraire créatif est cependant indissociable d’une exploration des procédés qu’il réinvente, que ce soit en peinture ou en photographie. Pour suivre ce cheminement à huis clos, aucune peinture majeure dans l’exposition d’Issoudun, mais des dessins et des photographies sélectionnés et répartis entre deux salles sur les conseils de Jean-Luc Mercié, président du comité Molinier et prêteur d’œuvres importantes, dont certaines jamais montrées. En contrepoint défilent des extraits du film de Dominique Roland, Les Jambes de Saint-Pierre, consacré à l’artiste et à l’origine de cette exposition dont l’intérêt réside autant dans sa deuxième partie que dans sa première partie consacrée aux dessins, bien que Molinier, à la différence de Bellmer, n’ait pas été un grand dessinateur. Car, si l’intimité du trait est un élément de la construction, il est surtout un révélateur des figures obsessionnelles de Molinier que l’on retrouve sur les clichés signés ou non de l’artiste, qu’il découpe souvent en fragments, puis reconstruit en un collage avant de photographier ce dernier et de travailler le négatif dans la chambre noire. Autre huis clos où il donne au tirage la lumière, la matière, indissociables des harmoniques de ses désirs.

« Pierre Molinier. Dessins et photographies »,

Musée de l’hospice Saint-Roch, rue de l’Hospice-Saint-Roch, Issoudun (36), musee.issoudun.fr

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°663 du 1 décembre 2013, avec le titre suivant : Les noirs désirs de Molinier

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