Les mondes intérieurs de Fantin

Par Sophie Flouquet · L'ŒIL

Le 31 juillet 2007

Cet été, la Fondation de l’Hermitage réserve ses cimaises à Fantin-Latour pour une rétrospective exceptionnelle qui révèle tour à tour ses natures mortes, ses portraits et des sujets plus… imaginatifs.

Qui connaît véritablement l’art d’Henri Fantin-Latour (1836-1904) ? Pour qui souhaite se faire une idée juste de son travail, cette première grande exposition monographique suisse consacrée à l’ami de James Whistler (1834-1903) et d’Édouard Manet (1832-1883) arrive à point nommé.

L’ami des réalistes et des impressionnistes
Connu aujourd’hui principalement pour ses natures mortes, Fantin a en effet laissé une œuvre somme toute inclassable et plurielle. Peintures, mais aussi dessins, pastels et gravures ont ainsi été réunis pour illustrer la diversité de l’art de ce peintre solitaire, proche du courant réaliste avant de s’en écarter, ami des impressionnistes, fréquentés au Café Guerbois, avenue de Clichy, mais refusant leur pratique artistique.
Formé au métier par son père, puis par Lecoq de Boisbaudran – qui fut également le professeur de Rodin –, Fantin aime aussi apprendre des maîtres anciens qu’il copie sans relâche dans les salles du musée du Louvre. Il avoue également une véritable passion pour Eugène Delacroix (1798-1863), à qui il consacre un portrait collectif en forme d’hommage en 1864, dans lequel il se représente en compagnie de Whistler, Baudelaire, mais aussi Manet devant un portrait du maître.

Ses « sujets d’imagination » ont été mal compris par la critique
Alors que ses contemporains arpentent la nature pour saisir des paysages sur le vif, Fantin privilégie l’atmosphère intimiste de l’atelier. Là, devant ses chevalets, il peint avec une facture minutieuse, descriptive, parfois austère, toujours mâtinée de références aux conventions de la société bourgeoise du XIXe siècle.
Pourtant, certains tableaux sont empreints d’une fantaisie beaucoup plus surprenante. Appelées « sujets d’imagination » par le peintre lui-même, ces œuvres dénotent une plus grande liberté dans le choix des thèmes, mais aussi de la touche et des contrastes de couleurs. Elles furent souvent mal accueillies par la critique de l’époque.
Tenant de la tradition, Fantin-Latour a peut-être plus apporté à la modernité qu’on ne l’a souvent pensé. Capable de pratiquer une touche divisionniste dans certaines esquisses avant même les impressionnistes, Fantin a également produit nombre de sujets poétiques précurseurs du symbolisme.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°593 du 1 juillet 2007, avec le titre suivant : Les mondes intérieurs de Fantin

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