Mercredi 12 décembre 2018

Bourg-en-Bresse (01)

Les mille visages de Marie Madeleine

Monastère royal de Brou jusqu’au 5 février 2017

Par Isabelle Manca · L'ŒIL

Le 13 décembre 2016 - 317 mots

Après la Sainte Vierge, c’est assurément la figure féminine la plus répandue dans l’iconographie chrétienne. Et pour cause, car Marie Madeleine possède tous les atours pour fasciner les artistes ; elle qui fut l’allégorie du pêché de chair avant d’incarner la repentance et l’amour inconditionnel.

Sainte de tous les fantasmes, elle a aussi servi de caution morale à d’innombrables variations sur la beauté et l’extase, avec une tonalité souvent plus sexuelle que mystique. Personnage ambivalent, elle affiche une image mouvante au fil des siècles avec des pics de popularité notamment après la Contre-Réforme et au XIXe. Lame de fond dans la peinture, la sculpture, mais aussi les arts décoratifs depuis le Moyen Âge, Marie Madeleine n’avait pourtant jamais eu les honneurs d’une grande exposition en France. Le monastère royal de Brou comble cette lacune avec panache.

Il faut d’abord saluer la pertinence de ce sujet entre ces murs. Le Musée de Bourg-en-Bresse est en effet lové dans le cloître du monastère, sublime monument fondé par une femme et constellé de références à la sainte ; des vitraux au transi de Marguerite d’Autriche aux traits étonnamment proches de ceux de la divine pécheresse. L’exposition décline les mille visages de la sainte et démontre subtilement comment chaque époque s’est approprié le sujet pour le réinterpréter. Inutile de réviser son catéchisme, car les commissaires ont opté pour un découpage d’une grande clarté. Chaque section aborde ainsi un thème de manière transversale, en trouvant le juste équilibre entre la variété des supports et des périodes. Ce dosage efficace offre un parcours très rythmé qui rend particulièrement justice à la qualité du travail scientifique d’inventaire mené à travers les collections hexagonales. Et qui dresse un passionnant panorama émaillé de belles redécouvertes, à l’instar de l’élégant Santerre, de la nymphe charnue de Lalyre ou du surprenant marbre de Rodin livrant une vision singulière de l’étreinte fusionnelle entre le Christ et son disciple préféré.

« Marie Madeleine, La passion révélée »

Monastère royal de Brou, 63, boulevard de Brou, Bourg-en-Bresse (01), www.monastere-de-brou.fr

Légende Photo :
Adolphe Lalyre, La Madeleine, vers 1900, huile sur toile, collection château royal de Blois © Photo D. Lépissier / Château Royal de Blois

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°697 du 1 janvier 2017, avec le titre suivant : Les mille visages de Marie Madeleine

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