Art contemporain

Les impressions en couleur d’Ellsworth Kelly

Par Stéphane Renault · Le Journal des Arts

Le 5 septembre 2018 - 583 mots

La Collection Lambert rassemble des dessins et estampes du peintre américain dont ceux provenant de la donation à l’Institut national d’histoire de l’art.

Ellsworth Kelly, <em>Sans titre (Rouge)</em>, 1992.
Ellsworth Kelly, Sans titre (Rouge), 1992.
© Ellsworth Kelly Foundation

Avignon. Genèse de l’art, le dessin comme l’estampe, sa forme reproductible, précèdent, voire accompagnent chez nombre d’artistes le geste en peinture. Comme un point de départ, une direction à suivre. Jusqu’à s’en émanciper, devenir une forme d’expression à part entière. C’est ce que démontre avec brio cette exposition consacrée à Ellsworth Kelly (1923-2015), qui réunit des œuvres issues des collections françaises, publiques et privées, autour de la donation – dont c’est la première présentation au public – de 54 estampes de l’artiste à la bibliothèque de l’Institut national d’histoire de l’art.« Kelly ne rentre pas dans des cases, il n’est ni un artiste minimal, ni un artiste conceptuel. Il n’appartient pas à cette géné­ration. L’abstraction lyrique, l’expressionisme abstrait ne l’ont pas intéressé alors qu’il était à Paris au moment où cela se passait. Il est à part. C’est ce que montre l’accrochage. Le parcours repose sur une épine dorsale, les estampes, avec des ajouts de peintures, de sculptures, d’objets moins connus », explique Éric de Chassey, directeur de l’Institut national d’histoire de l’art (Inha), spécialiste de la peinture d’Amérique du Nord et commissaire de l’exposition, dont le titre est tiré d’un projet de livre d’artiste lors d’un séjour de Kelly en France en 1951 : Line Form Color.

Estampes et lithographies, prémices de l’art minimal

Exceptionnelle, cette donation constitue aussi un juste retour des choses. Car ce maître du XXe siècle a connu des débuts français avant d’entretenir un rapport privilégié avec notre pays. Soldat à la Libération, il revient s’y installer de 1948 à 1954. Dès 1949, il réalise sa première lithographie aux Beaux-Arts de Paris, dans un style évoquant Picasso, qu’il rencontre alors, comme Calder, Miró, Brancusi ou Arp, avec déjà la réduction du vocabulaire à sa plus simple expression, l’absence de volume, l’insistance sur les éléments géométriques. Abstraites, ses estampes et lithographies le sont très tôt ; terrain d’expérimentation préfigurant ses peintures de grand format. Ses lithographies d’aplats de couleur des années 1960 témoignent de ses recherches chromatiques, sa quête d’épure, à l’instar de lasérie « Romane » (1973-1976), inspirée de la simplicité de l’architecture, ou encore la Suite Mallarmé (1992).

Plusieurs salles exposent des aspects moins connus de son travail : dessins de plantes au crayon et plume, lithographies de feuilles de chêne, de haricot vert ou encore les variations très graphiques de portraits de la fin des années 1980. Livres et documents complètent l’ensemble, parmi lesquels ces impressions sur papier journal de l’édition de Die Welt du 6 octobre 2011, quatre ans avant sa disparition, le 27 décembre 2015.

Si l’exposition a le mérite de mettre en lumière toute la diversité de l’œuvre imprimée de Kelly, on ne saurait trop saluer le choix de la mettre en dialogue avec des prêts, aussi rares que pertinents pour la compréhension de l’œuvre ; d’un splendide Modèle pour une sculpture en métal (1958) à cette grande toile Blue Green (1968), commande de l’Unesco pour son siège parisien. Un petit dessin d’accumulation de chaises aux Tuileries (1949) donne pleinement la mesure du regard de l’artiste sur la réalité. Déjà, sa traduction graphique y préfigure l’évolution à venir de son travail. Point d’orgue, la plus grande salle présente plusieurs tableaux de grand format, parmi lesquels Rouge jaune bleu (1963) conservé à la Fondation Maeght ou encore Dark Blue Panel (1985) dans lequel le regard plonge, fasciné. Sur toile aussi, et plus encore, Kelly impressionne.

Ligne Forme Couleur. Ellsworth Kelly (1923-2015) dans les collections françaises,
jusqu’au 4 novembre, Collection Lambert musée d’art contemporain en Avignon, 5, rue Violette 84000 Avignon.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°506 du 7 septembre 2018, avec le titre suivant : Les impressions en couleur d’Ellsworth Kelly

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