Lundi 10 décembre 2018

Les images d’Épinal, ces planches à chefs-d’œuvre

Par Colin Cyvoct · L'ŒIL

Le 23 septembre 2009 - 352 mots

L’exposition « Ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre » pose avec brio la question de la copie, du pastiche et de la citation : comment les fabricants d’estampes populaires, ces fameuses « images d’Épinal », se sont-ils inspirés des œuvres de peintres comme Rubens, Raphaël, Velázquez, Ribera ou Mignard ?

Apparue en Europe au Moyen-Âge, la gravure prend son essor avec l’invention de la presse à imprimer par Gutenberg en 1440 et la généralisation de l’utilisation du papier. La gravure sur bois (xylographie) devient très populaire. Vendue par colportage à la feuille et à petit prix, elle touche un large public souvent rural. La gravure sur cuivre, aux rendus plus précis et plus fins, vise une clientèle cultivée. Cambray, Chartres et Paris voient se multiplier les ateliers de gravure. Claude Cardinet est le premier imagier à s’installer à Épinal vers 1660. Mais ce n’est qu’en 1796 que Jean-Charles Pellerin y ouvre l’atelier qui fera la renommée de la ville : l’Imagerie Pellerin. Il ne tarde pas à se distinguer de ses concurrents en proposant de nouveaux sujets : les opéras et vaudevilles à la mode, ou la gloire puis la déchéance de l’épopée napoléonienne. Le vaste parcours de l’exposition permet de confronter d’étonnantes gravures évoquant Samson brisant les colonnes du temple des Philistins, Saint Jean-Baptiste d’après Mignard, La Descente de croix de Rubens ou la très célèbre Sainte Vierge à la chaise de Raphaël. Ces images, imprimées sur papier puis coloriées au pochoir, sont-elles des reproductions, des pastiches, des interprétations, des détournements ou des œuvres originales ? Les imagiers d’Épinal ne seraient-ils pas les précurseurs du Pop Art ? Andy Warhol, expert en images dupliquées, a bien dit : « Si je peins de cette façon, c’est parce que je veux être une machine. » The Last Supper, une de ses dernières toiles, figure dans l’exposition, aux côtés d’œuvres d’artistes contemporains comme Jean-Michel Alberola ou Pierre Buraglio. n

« Ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre », musée de l’Image, 42, quai de Dogneville, Épinal (88), www.epinal.fr, jusqu’au 11 novembre 2009.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°617 du 1 octobre 2009, avec le titre suivant : Les images d’Épinal, ces planches à chefs-d’œuvre

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