Lundi 10 décembre 2018

Les Francs du Petit Palais, des barbares très civilisés

À la découverte du monde franc au Petit Palais

Le Journal des Arts

Le 18 avril 1997 - 486 mots

Le Musée du Petit Palais accueille la plus importante exposition jamais consacrée aux Francs. Organisée en collaboration avec les musées de Mannheim et de Berlin, cette exposition itinérante devrait battre en brèche quelques idées reçues en mettant en lumière le rôle fédérateur du royaume franc et sa place de médiateur entre l’Antiquité et le Moyen Âge.

PARIS - Depuis une vingtaine d’années, la multiplication des découvertes archéologiques datant de la fin de l’époque romaine et du haut Moyen Âge s’accompagne d’un intérêt renouvelé du public pour cette période de l’histoire. Pour Patrick Perrin, directeur du Musée des antiquités nationales à Saint-Germain-en-Laye et co-commissaire de l’exposition "Les Francs" avec Gilles Chazal, conservateur au Musée du Petit Palais, "cette fascination s’explique en partie par un goût pour l’abstraction et la polychromie des objets créés par ces peuples périphériques de l’Empire romain, en opposition au classicisme de ce dernier". Près de deux mille armes, casques, monnaies, bijoux, verres, céramiques, objets liturgiques, manuscrits… illustreront donc à Paris ces caractéristiques de l’art franc, particulièrement sensibles dans les objets à décor zoomorphe et les entrelacs des motifs géométriques. Parmi les chefs-d’œuvre attendus au Petit Palais, la crosse de l’abbé Saint-Germain, le trésor de Gourdon, la plaque de ceinture en ivoire de l’évêque Saint-Césaire d’Arles, la tunique de la reine Bathilde, ainsi que des pièces exhumées dans les tombes de femmes de la basilique de Saint-Denis et les sépultures princières de la cathédrale de Cologne. Tous ces objets rappelleront que les Francs, véritables "bâtisseurs d’églises", ont fondé plus de six cents églises et monastères à la suite du baptême de Clovis.

Même si les pièces présentées proviennent essentiellement de tombes de l’aristocratie franque, l’exposition se veut historique et non archéologique : "L’objet archéologique est utilisé comme source historique à part entière", insiste Patrick Perrin. Elle s’appuie sur de nombreuses cartes, dessins et maquettes afin que les visiteurs puissent appréhender dans de bonne conditions les témoignages qui leur sont proposés. Cette relecture – "lire la mort pour découvrir la vie" – devrait en outre permettre d’en finir avec quelques mythes tenaces. Non, les Francs "n’étaient pas de brusques envahisseurs sanguinaires et incultes, dévastateurs de la civilisation romaine". Au contraire, "leur assimilation progressive du monde gallo-romain et chrétien oblige à parler de continuité plutôt que de rupture", explique Gilles Chazal, en rappelant les brillantes carrières militaires que certains chefs francs ont mené dans l’armée romaine. Enfin, leur place dans le monde des échanges et leur commerce intense avec la Méditerranée et l’Europe du Nord devraient achever de rendre aux Francs ce qui n’appartenait pas qu’aux Césars : leur statut de précurseurs dans la formation de l’Europe.

LES FRANCS, PRÉCURSEURS DE L’EUROPE, 23 avril-22 juin, Musée du Petit Palais, Paris, tél. 01 42 65 12 73, tlj sauf lundi 10h-17h40, jeudi 10h-20h. Catalogue, éd. Paris-Musées, 144 p., 80 ill. coul., 70 n & b, 220 F. Puis au Museum für Vor-und Früh­geschichte, Berlin, 15 juillet-26 octobre.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°36 du 18 avril 1997, avec le titre suivant : Les Francs du Petit Palais, des barbares très civilisés

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