Collection

Les flamands de Catherine

Le Musée de l’Ermitage d’Amsterdam accueille une sélection de la collection de l’impératrice russe

Par Sophie Flouquet · Le Journal des Arts

Le 3 octobre 2011 - 476 mots

L’impératrice russe Catherine la Grande (1762-1796), connue pour sa proximité avec Diderot, n’était pas réputée pour son mauvais goût en matière d’art. Sa collection d’art flamand, qui a constitué le noyau initial de la collection du Musée de l’Ermitage de Saint-Pétersbourg, l’illustre avec brio.

AMSTERDAM - Une sélection de cet ensemble fait escale temporairement dans l’annexe néerlandaise du musée russe. C’est heureux tant Amsterdam est, en ce moment, dépourvue de lieux d’expositions pour cause de travaux dans les plus grands de ses musées (lire le JdA no 352, p. 10).

Si la présentation de cet ensemble peut sembler désarçonnante, les grands formats étant arbitrairement – contrainte spatiale oblige –, réunis dans la grande nef, elle ne ment pas sur l’un des traits dominants de cette collection : la sûreté des choix des conseillers de l’impératrice. Un coup d’œil jeté sur les cartels, qui signalent le pedigree des œuvres, suffit à s’en convaincre. Acquis grâce à la mobilisation d’une armada de diplomates russes, dont le fameux Galitzine, ces tableaux et dessins constituent des jalons de l’histoire du goût tant ils ont été puisés dans les grandes collections de l’époque.

Tous les genres et tous les noms
L’histoire commence en 1764 quand sont achetés les 225 tableaux du marchand allemand Johann Ernst Gotzkowsky, connu pour avoir aidé l’électeur Frédéric II de Prusse, collectionneur réputé, à enrichir sa galerie de Postdam. Viennent par la suite les achats de la collection du comte Coblenz, soit seulement 46 tableaux mais surtout les premiers Rubens, puis la collection du comte Heinrich von Brühl, ancien conseiller de l’électeur de Saxe, à Dresde, pour l’achat des œuvres de la Gemäldegalerie. Rien de moins. Mais c’est en 1772 que l’impératrice jouera sa meilleure partie en rachetant l’intégralité de la collection Crozat. Dans son hôtel particulier de la rue de Richelieu, à Paris, le trésorier de Louis XV avait réuni un fabuleux ensemble comprenant notamment une cinquantaine de toiles flamandes.

Sept ans plus tard, c’est la mainmise sur la collection britannique de Sir Robert Walpole, Premier ministre de George Ier et George II d’Angleterre, qui fera venir à Saint-Pétersbourg de grandes toiles monumentales anversoises. Enrichie plus ponctuellement par des achats menés au sein de la collection Chigi ou de celle de Joséphine de Beauharnais – comme la grande Descente de Croix de Rubens (vers 1618) –, cette collection œcuménique fédérera tous les genres et tous noms, y compris ceux de maîtres moins connus. Soit une preuve supplémentaire du goût de l’impératrice d’origine allemande, dans un contraste saisissant avec la Russie primitive qu’elle aurait découverte à son arrivée à Saint-Pétersbourg, comme l’a dépeinte le cinéaste Josef von Stenberg dans son chef-d’œuvre L’Impératrice rouge (1934).

RUBENS, VAN DYCK ET JORDAENS, PEINTRES FLAMANDS DE L’ERMITAGE

Jusqu’au 16 mars 2012, Ermitage Amsterdam, Amstel 51, Amsterdam, www.hermitage.nl, tlj 10h-17h, mercredi jusqu’à 20h.
Catalogue (en français), éd. Fonds Mercator, 256 p., 40 €, ISBN 978-9-0615-3354-2

PEINTRES FLAMANDS DE L’ERMITAGE

Commissariat : Michail Dedinkin, Musée de l’Ermitage à Saint-Pétersbourg ; Birgit Boelens, Musée de l’Ermitage à Amsterdam
Nombre d’œuvres : 75 peintures, 20 dessins
Scénographie : Studio Berry Slok, Amsterdam

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°354 du 7 octobre 2011, avec le titre suivant : Les flamands de Catherine

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