Dimanche 24 janvier 2021

Grenoble (38)

Les désirs et les illusions de Faustino

Le Magasin, Centre national d’art contemporain jusqu’au 3 janvier 2016

Par Christian Simenc · L'ŒIL

Le 22 octobre 2015 - 385 mots

À la fois architecte et artiste, Didier Faustino travaille sur la relation entre le corps et l’espace.

« Ses œuvres partagent le désir de bousculer le corps individuel et collectif par l’intermédiaire de l’architecture », estime Reiko Setsuda, chargée de la programmation du Forum/Maison Hermès, à Tokyo, et commissaire de cette exposition monographique intitulée « Des corps & des astres », déployée au Magasin, à Grenoble. Le titre provient d’un savoureux jeu de mots conçu à partir de l’une des pièces ici montrées et baptisée Décors & désastres. La présentation, elle, réunit des œuvres créées après 2007 et des installations spécialement conçues pour l’occasion. Ainsi en est-il de cette pièce monumentale emplissant à l’envi la nef, Vortex Populi, que le visiteur découvre d’emblée. L’œuvre est bâtie à partir d’un module banal et pourtant ô combien emblématique : la barrière Vauban. Reliés les uns aux autres, des dizaines d’exemplaires flottent dans l’espace entier, tels des flux d’air qui s’entrecroisent. On a soudain l’étrange sensation que le métal se fait léger, autrement dit, que les barrières volent… au sens propre comme au figuré. Faustino veut croire en une bonne étoile, d’ailleurs il « sème » des astres partout. Suspendue dans une salle plongée dans
le noir, Nowhere Somewhere, amas de flèches en néon indiquant moult directions, déboussole de prime abord. Dans une autre salle, c’est le sol, cette fois, qui s’avère constellé d’étoiles en béton opaque, gravées des mots « Habeas Corpus ». Contrairement au célèbre Walk of Fame, à Los Angeles, et à ses étoiles de stars, l’installation Ashes to Ashes, elle, célèbre l’anonymat. D’ailleurs, au fil du parcours, force est de constater que le corps est, sinon absent, juste suggéré. Sculpture réalisée en impression 3D,

Doppelgänger, est un curieux instrument conçu pour « faciliter le contact physique avec son alter ego imaginaire ». Plus loin, dans une vaste salle blanche, toujours point de corps, mais une vingtaine d’énormes sculptures gonflables en polyuréthane noir, jadis conçues pour un spectacle de danse, que le public peut assembler ou désassembler à l’envi. Sur un mur enfin, une inscription en néon esquisse le mot Hero, en anglais. En dessous, tracée au crayon de papier à même la paroi, l’ombre dudit « luminaire ». La première lettre a été remplacée par un Z. On est décidément bien peu de chose.

« Des corps & des astres »

Magasin-Centre national d’art contemporain, site Bouchayer-Viallet, 8, esplanade Andry-Farcy, Grenoble (38), www.magasin-cnac.org

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°684 du 1 novembre 2015, avec le titre suivant : Les désirs et les illusions de Faustino

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