Dimanche 18 novembre 2018

Les coulisses de l’exploit

Importante rétrospective Roman Signer à Saint-Gall

Par Philippe Régnier · Le Journal des Arts

Le 26 septembre 2003 - 479 mots

Fontaines, fumées, fusées, hélicoptères... l’art de Roman Signer interroge sans cesse les lois de la physique, et ce non sans une certaine dose d’humour. La Sammlung Hauser und Wirth, à Saint-Gall, propose actuellement une importante rétrospective du travail de l’artiste, réunissant une quarantaine de sculptures et installations du début des années 1970 à aujourd’hui, pour découvrir les coulisses de l’exploit.

 SAINT-GALL - Depuis le début des années 1970, Roman Signer explore de nouveaux champs pour la sculpture, dans sa relation à l’espace comme dans sa forme. Héritière de l’art conceptuel et de l’art minimal, sa démarche s’inscrit aussi résolument dans une histoire de la performance. Ici, les dimensions sociale, identitaire et sexuelle sont évacuées au profit d’expériences physiques qui transforment l’artiste en véritable Géo Trouvetou. La référence au héros de Walt Disney n’est d’ailleurs pas fortuite tant les actions et pièces de Roman Signer sont empruntes d’une certaine innocence juvénile : bottes en caoutchouc fixées sur une échelle, bicyclette dont la roue arrière projette de la peinture sur un mur, valise munie d’une fusée...
Dans une tradition largement répandue depuis les années 1960, la plupart des performances de Roman Signer sont documentées par des films, en Super-8 pour les plus anciens. L’exposition organisée par la Sammlung Hauser und Wirth en réunit un grand nombre, des années 1975 à 1989, présentés dans une salle de projection. Parfois muets, d’une qualité d’un autre âge, ces films nous permettent de suivre les premiers exploits de l’artiste, sculptures éphémères réalisées avec de l’eau, des explosifs… L’exposition comprend aussi un grand nombre de pièces récentes, vastes installations parfaitement présentées dans cet ancien dépôt de locomotives. Ainsi, dans la Lesezimmer (2001) (chambre de lecture), du vent fait bouger les feuilles de journaux, rendant ainsi leur lecture difficile. L’humour est également patent dans une sculpture où du papier journal est aspiré pour être  propulsé dans un second espace. Jouant encore sur la notion de gag, un dispositif permet au visiteur de se voir quand il se penche sur un tonneau bleu. Au fil des salles se succèdent les dernières créations de l’artiste, depuis une réactualisation de Tonneau bleu conçu pour la Biennale de Venise 1999, jusqu’à Installation avec kayaks (2003). Malgré une fraîcheur et une inventivité toujours renouvelées au fil des années, les dernières œuvres de Roman Signer déçoivent un peu. L’utilisation récurrente des mêmes accessoires (kayaks, bidons, fusées, et récemment hélicoptères...) a tendance à systématiser la démarche de l’artiste, qu’une présentation muséale – pour ne pas dire proprette – ne fait que renforcer. Il faut dire que les maîtres des lieux ne sont autres que les galeristes zurichois de l’artiste. Heureusement, le bonheur suscité par les expériences souvent loufoques de l’artiste reste intact.

ROMAN SIGNER

Jusqu’au 12 octobre, Sammlung Hauser und Wirth, Grübergstrasse 7, Saint-Gall, Suisse, tél. 41 71 228 55 55, www.lokremise.ch, mercredi 14h-20h, jeudi et vendredi 14h-18h, samedi et dimanche 11h-18h, fermé lundi et mardi.

Signer dans l’espace public

Saint-Gall, la ville où vit et travaille Roman Signer, abrite six de ses œuvres réalisées dans l’espace public. Pour l’école d’Oberzil, il a conçu en 1983 Wasserobjekt (objet d’eau), une porte dont le linteau supérieur est matérialisé par un jet d’eau haute pression. Près de la station du funiculaire qui conduit au quartier Saint-Georges, l’artiste a installé en 1998 une vitre qui permet de voir les tourbillons d’un ruisseau dans une canalisation. Dans le Grabenpark, l’eau est encore à l’honneur avec Wasserturm (château d’eau) (1987), un tonneau rouge perché qui déverse un petit filet d’eau. Vingt-cinq tonneaux, bleus cette fois, composent Fasslager. Cette œuvre est présentée depuis 1996 devant le siège de l’EMPA, le Laboratoire fédéral d’essai des matériaux et de recherche, situé Lerchenfeldstrasse. Deux autres pièces ont été financées par des entreprises privées. La première consiste en un kayak suspendu d’où s’écoulent des gouttes d’eau, installée depuis 1997 dans la cage d’escalier d’un bâtiment sis Schibenertor. Elle appartient à Patria, Société mutuelle suisse d’assurances sur la vie. La seconde, le Wassertunnel (1985) (tunnel d’eau), un don de l’UBS, se trouve dans l’enceinte d’une école professionnelle, Militärstrasse. Alors, qui a dit que nul n’est prophète en son pays ?

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°177 du 26 septembre 2003, avec le titre suivant : Les coulisses de l’exploit

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