Vendredi 19 octobre 2018

Turin

Les arts décoratifs à l’aube du XXe siècle

Un exceptionnel panorama de l’Art nouveau

Par Le Journal des Arts · Le Journal des Arts

Le 1 octobre 1994 - 879 mots

En 1902, une exposition présentait un état des lieux de l’art décoratif international d’Europe, du Japon, et des États-Unis. Aujourd’hui, une importante manifestation évoque l’événement dans plusieurs lieux de la ville.

TURIN - Par son ampleur, la manifestation "Les arts décoratifs à l’aube du XXe siècle" est à la mesure des énormes expositions d’arts appliqués de la Belle Époque, dont celle de 1902 constituait un exemple parfait. Elle occupe, du 18 septembre au 22 janvier, la Galleria Civica d’arte moderna e contemporanea et la Palazzina della Società Promotrice delle Belle Arti. Plusieurs autres manifestations viennent la compléter.

Dans les deux lieux, la présentation par pays suit celle de 1902, avec une sélection des œuvres réunies au début du siècle. La partie de la Galleria consacrée aux expositions temporaires regroupe une section introductive, les œuvres italiennes et la photographie. L’Italie est représentée par les designers turinois Cometti, Arneodo et Valabrega, milanais – avec Bugatti, Quarti, Zen, Fontana, Ceruti-Monetti et Monti –, et palermitains avec Basile-Golia Ducrot. Le style Liberty règne sans partage, ici comme ailleurs. On peut admirer en particulier le vitrail aux roses de Beltrami-Buffa et le groupe en bronze de Rubino, inspiré d’une affiche de Bistolfi et repris par Richard-Ginori dans une grande céramique.

Un art de la céramique que l’on retrouve grâce aux créations de Galileo Chini et à trois aquarelles pour la décoration de la salle consacrée à cette technique en 1902. Dans la section dessin, signalons les planches de Cambellotti, Cameli, Costetti, De Carolis, Kiernek, Alberto Martini et Spadini, pour La Divine Comédie publiée par les frères Alinari.

L’exposition internationale de photographie d’art constitua, en 1902, la première grande manifestation italienne sur ce thème. On découvre aujourd’hui une petite centaine des quelque mille trois cents tirages qui mettaient en relief, par un vaste panoramique mondial, les contrastes stimulants entre l’école américaine et l’école européenne. Dans le premier camp figurent Alfred Stieglitz, White, Steichen, Frank, Keiley et Käsebier, dans l’autre les Français Puyo et Demachy, les Anglais Hollyer et Keighley, les Allemands Dührkoop et Grainer et les Italiens Rey, Stella, Grosso, Cavadini, Gatti-Casazza et Schiaparelli.

La Palazzina della Promotrice abrite l’architecture, organisée autour de la grande affiche de Leonardo Bistolfi pour l’exposition de 1902 et des vingt-huit projets de Raimondo D’Aronco, lauréat du concours lancé pour l’occasion. Parallèlement, un guide raisonné, réalisé par Mila Leva Pistoi et Marilena Piovesana, permet de découvrir, en dix itinéraires, l’architecture et le mobilier urbain Liberty de Turin.

Tiffany et Toulouse-Lautrec
La Promotrice accueille également les œuvres des pavillons nationaux de 1902 : meubles de Baumann-Prag-Rudniker, Hammel, Kohn, Bakalowitz et Oppenheim, verreries et petits bronzes de Gurschner, pour l’Autriche ; meubles de Horta et Hobé, applique de Hankar, bronze de Minne, cristal et croquis de bijoux de Wolfers, ainsi qu’un panorama particulièrement fourni de l’art typographique, avec des ex-libris, une affiche et un pastel de Khnoppf pour la Belgique. Pour la France, deux ensembles constitués par Bing sont repris, l’un sur l’Art nouveau, avec entre autres un vitrail Tiffany sur un dessin de Toulouse-Lautrec, l’autre sur la Maison Moderne de Meier Graefe. On retrouve également L’Ombre, bronze de Rodin en hommage à Nietsche. Le pavillon allemand s’organise autour de deux architectes, Olbrich, de l’école de Darmstadt, et Behrens.

Walter Crane rafle la vedette chez les Anglais, tandis que la Hollande s’enorgueillit de meubles de Berlage et de Lion Cachet, d’un paravent de Wegerif, d’affiches de Toorop et de faïences de la manufacture de Delft. Pour les pays scandinaves, il faut se contenter des œuvres reproduites dans le catalogue, du fait de la fragilité des créations de Frida Hansen et Ferdinand Boberg, qui n’ont pu être exposées. De même, les organisateurs n’ont pu obtenir le prêt de la Rose Room de Mackintosh, gloire du pavillon écossais en 1902. On pourra toutefois admirer un vitrail du même créateur, ainsi qu’un dessin et deux grands panneaux de MacDonald. Enfin, la Hongrie est bien représentée avec des meubles de Horti, Wiegland-Lidner et Odön Farago, des vitraux, de l’argenterie, des objets en cuivre, des tapis et, pour la céramique, dix-huit vases Zsolnay.

Les manifestations parallèles fourniront l’occasion de découvrir l’évolution de la ville de Turin au tournant du siècle, grâce à une exposition sur "Le rêve de la ville industrielle", qui se tiendra d’octobre à décembre à la Mole Antonelliana. La librairie Agorà présentera une petite exposition consacrée au photographe Francesco Negri (1841-1924), de novembre à décembre. Le Musée national du cinéma, de son côté, proposera un festival autour de Georges Méliès (1861-1938), célèbre en Italie dès 1897.

Plusieurs conférences sont également prévues : trois jours, du 20 au 22 octobre, sur le thème "Rêve et industrie. À partir de Walter Benjamin", avec la participation de Lucius Burckhardt et Elémire Zolla ; deux colloques, le 11 novembre et le 2 décembre, sur "Le style Liberty en musique", à la librairie Agorà ; enfin, un congrès sur la sauvegarde et la restauration du patrimoine architectural Art nouveau, en collaboration avec l’Unesco.

Turin, la Galleria Civica d’arte moderna e contemporanea et la Palazzina della Società Promotrice delle Belle Arti ; "Les arts décoratifs à l’aube du XXe siècle", 18 septembre-22 janvier 1995. Catalogue, avec des textes des organisateurs ainsi que de spécialistes qui participèrent à l’exposition de 1902.

La documentation photographique pallie l’absence d’œuvres norvégiennes, suédoises, japonaises et américaines.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°7 du 1 octobre 1994, avec le titre suivant : Les arts décoratifs à l’aube du XXe siècle

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