Samedi 5 décembre 2020

Modernité

Les arts décoratifs asiatiques sous influence

Deux expositions, au Quai Branly et à la Maison de la culture du Japon, dévoilent la production artistique de Singapour et du Japon au tournant du XXe siècle.

Par Christian Simenc · Le Journal des Arts

Le 3 novembre 2010 - 706 mots

PARIS - L’Asie des arts décoratifs est doublement à l’honneur cet automne, à Paris, à travers deux expositions qui couvrent, en partie, la même période : le début du XXe siècle.

La première, intitulée « Baba Bling, signes intérieurs de richesse à Singapour », est déployée dans la galerie-jardin du Musée du quai Branly. Elle dévoile la production des Peranakan, ces descendants des communautés chinoises qui, dès le XIVe siècle, s’installèrent dans le Sud-Est asiatique. Le terme « baba » désigne au sens propre « homme chinois ». La présentation se focalise sur la période pendant laquelle l’art peranakan fut à son apogée, soit entre la fin du XIXe siècle et le début du XXe siècle. Les quelque 480 pièces (mobilier, textiles, porcelaine, bijoux…), ici réunies, évoquent le joyeux cocktail d’influences dont elles sont issues, mêlant style chinois, esthétique malaise (Singapour n’est indépendant de la Malaisie que depuis 1959) et culture européenne héritée de la période coloniale britannique.
Le parcours s’organise en deux temps : on déambule d’abord dans une maison traditionnelle peranakan reconstituée sous forme de Period Rooms, puis face à des présentations davantage thématiques : arts de la table, bijoux, mode… Aussi le visiteur débute-t-il devant deux portes battantes, le Pintu Pagar ou portail d’entrée, avant d’entrer de plain-pied dans ladite demeure et, a fortiori, dans l’exposition, au travers du Thia Besar, pièce de réception composée de meubles raffinés, tels ce divan ouvragé en teck doré et cette table en palissandre, marbre et nacre incrustée. Petit hic : la scénographie, abondamment colorée à l’instar des nuances éclatantes célébrées par les artisans peranakan, prend trop souvent le pas sur les œuvres elles-mêmes. Si certaines sont de qualité, l’ensemble manque d’ampleur et peine, au final, à écrire une histoire solide.

Modernité japonaise 
Plus concise mais plus convaincante se révèle la deuxième exposition qu’accueille, à deux pas du Musée du quai Branly, la Maison de la culture du Japon. La présentation, qui s’intitule « Les arts décoratifs japonais face à la modernité, 1900-1930 », réunit 74 pièces, principalement des céramiques, ainsi que des textiles teints, des laques et des œuvres de métal. Comme l’indique le titre de l’exposition, celles-ci ont été réalisées entre 1900 et 1930, en l’occurrence sous les ères Meiji (1868-1912), Taishô (1912-1926) et Shôwa (1926-1989). Ces trois décennies seront, en quelque sorte, le creuset de la modernité japonaise. Après une interminable période de repli sur soi, pendant le shogunat de Tokugawa (1603-1867), le Japon s’ouvre, en effet, à nouveau à l’export grâce au gouvernement Meiji qui, dès son accession au pouvoir, décide de présenter culture et artisanat nippons dans les Expositions universelles européennes et américaines, afin de développer les relations avec l’Occident.
 Deux grandes manifestations font d’ailleurs offices de repères historiques à ce parcours : l’Exposition universelle de Paris de 1900 et l’Exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes de 1925. Dans une scénographie sobre, parfois un brin sombre, la présentation montre, avec bonheur, comment artistes et artisans vont « subir » l’influence des divers mouvements artistiques occidentaux, tout en conservant une identité indubitablement nippone. On s’amuse d’ailleurs à déceler, ici et là, la manière subtile dont usent les Japonais pour « digérer » ces nouvelles inspirations. Ainsi en est-il de cette Coupe à gâteaux à décor de poissons et filet de pêche d’Asai Chû, en laque maki-e, d’après un dessin préparatoire très Art nouveau de Kokô Sugibayashi. Et de ce Panneau de séparation à décor de vagues, montagne et ciel de Shôgo Ban’ura, aux motifs géométriques de style Art déco. À la fin des années 1920, passage de l’ère Taishô à l’ère Shôwa, le modernisme nippon flirte même avec le constructivisme et le visiteur ne peut que rester pantois devant les lignes avant-gardistes de cette Composition pour arrangement floral de Toyochika Takamura, datant de 1926, ou de ce Luminaire de 1931, signé Yoji Yamawaki.

BABA BLING, SIGNES INTÉRIEURS DE RICHESSE À SINGAPOUR

Jusqu’au 30 janvier 2011, Musée du quai Branly,37, quai Branly, 75007 Paris,tél. 01 56 61 70 00, www.quaibranly.fr tlj sauf lundi 11h-19h, jeu., ven. et sam. jusqu’à 21h

Commissariat : Kenson Kwok, président fondateur de l’Asian Civilisations Museum,à Singapour ; Huism Tan, directrice adjointe de l’Asian Civilisations Museum, à Singapour
Scénographie : Nathalie Crinière (Agence NC)
Nombre d’oeuvres : environ 480

LES ARTS DÉCORATIFS JAPONAIS FACE À LA MODERNITÉ, 1900-1930

Jusqu’au 23 décembre, Maison de la culture du Japon, 101 bis, quai Branly, 75015 Paris, tél. 01 44 37 95 00, www.mcjp.fr, tlj sauf dim. et lun. 12h-19h, jeudi jusqu’à 20h

Commissaire de l’exposition: Ryûichi Matsubara, conservateur au National Museum of Modern Art de Kyoto
Scénographie: Yagi Akara
Nombre d’oeuvres: 74

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°334 du 5 novembre 2010, avec le titre suivant : Les arts décoratifs asiatiques sous influence

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