L’érotisme mis à nu chez Rodin et Picasso

Par Philippe Piguet · L'ŒIL

Le 1 septembre 2006

Baisers, étreintes, accouplements. Chez Rodin et Picasso, Éros, le dieu de l’amour, est aussi le dieu d’une création puissante et sensuelle, à fleur de peau. L’exhibition de Bâle lève le voile.

Éros est à l’amour ce que Thanatos est à la mort, tous deux représentent les extrêmes de la condition humaine : sa capacité à se reproduire et son destin à disparaître.
Né en même temps que la terre et sorti directement du chaos primitif, Éros est fondamentalement associé à l’idée de création. Son mythe nourrit l’histoire de l’homme, mais aussi celle de l’art dont
il est le vecteur – plus ou moins revendiqué – d’une production qui se décline à tous les modes et à tous les styles.

Éros, un sujet de prédilection
Tantôt taboues, tantôt stéréotypées, les images d’Éros ont connu au fil du temps toutes sortes de formulations plastiques. Rares sont les artistes qui n’y ont pas consacré leur talent. Pour dire leur amour, leur désir, leur plaisir.
Si l’histoire de l’art est pleine d’œuvres qui en sont l’illustration, avec la modernité la part secrète de ce thème a perdu de son mystère. Pour gagner en énergie créatrice, il est vrai. À ce point même que chez des artistes comme Auguste Rodin et Pablo Picasso, l’érotisme n’est plus un motif parmi d’autres mais le ressort propre de leur création.
L’avènement de la psychanalyse n’est pas étranger à la façon d’aborder l’œuvre de ces deux démiurges à l’aune d’une dimension érotique, comme le propose l’exposition de la fondation Beyeler. « L’érotisme est dans la conscience de l’homme, ce qui met en lui l’être en question », note quelque part Georges Bataille. C’est dire si Éros offre à l’homme l’occasion de s’interroger sur sa nature d’être humain, et comment la prise de conscience de sa tension érotique, voire son illustration, lui permet de dépasser ce stade animal.
Tumultueuses, les vies privées de Rodin et de Picasso sont à l’unisson de leurs œuvres. Elles sont, les unes et les autres, la métaphore la plus accomplie de cette quête de soi à travers l’autre dans cette sorte de combat existentiel qui mêle furieusement Éros et Thanatos.
Que l’exposition qui les rassemble soit suivie par un second volet – « Éros et l’art moderne », de Courbet à Pipilotti Rist en passant notamment par Gauguin, Klimt et Dali – dit à quel point le sujet est inépuisable. Combien il est inhérent à la nature humaine et à la création artistique.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°583 du 1 septembre 2006, avec le titre suivant : L’érotisme mis à nu chez Rodin et Picasso

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