Mercredi 24 février 2021

Leibovitz : un album photo ne fait pas une expo

Par Fabien Simode · L'ŒIL

Le 16 décembre 2008 - 393 mots

Pour ceux qui auraient manqué la session parisienne, la National Portrait Gallery à Londres organise jusqu’au 1er février une séance de rattrapage.

Passé cette date, il faudra se replier sur le livre d’Annie Leibovitz paru en 2006 chez La Martinière, La Vie d’une photographe – dont l’exposition est le succédané –, pour s’immiscer dans l’intimité de la « star ».
« Annie Leibovitz, a photographer’s Life », l’exposition, n’est pas un énième et banal accrochage des photos de la New Yorkaise. À côté d’images iconiques tel John Lennon enlacé nu à Yoko Ono quelques heures avant d’être assassiné, ou Mike Jagger assis torse nu sur son lit, prennent place au mur quinze ans d’intimité de la photographe, de 1990 à 2005. Sans doute l’une des périodes de sa vie les plus émotionnellement chargées puisqu’elle englobe la naissance de ses trois enfants, Sarah en 2001 et les jumelles Susan et Samuelle en 2005, le décès de son père la même année et celui de Susan Sontag, sa compagne, morte d’un cancer un an auparavant. Une manière d’autobiographie par l’image donc, comme un album de famille que la photographe ouvrirait à la vue de tous…
Et voilà d’où vient le malaise provoqué par la visite de l’exposition : l’intimité ne se partage pas, et pas davantage par l’intermédiaire de l’image. Il y a quelque chose de l’ordre de la gêne à se tenir droit devant des clichés montrant un père et une mère s’adonnant à leurs activités de plage. Une gêne qui se transforme en mal-être quand il s’agit de suivre l’évolution de la maladie de Susan Sontag, du diagnostic de son cancer en 1998 à son lit de mort en 2004. « Je n’ai pas analysé cela, dit Annie Leibovitz au sujet de ces photos. Je savais juste que je devais le faire. » Soit, mais fallait-il aller jusqu’à les exposer ?
À ce jeu de l’intimité, l’ouvrage édité il y a deux ans, dont l’accrochage a le mérite de montrer un sublime « mur », tire mieux que l’exposition son épingle. Sans doute rappelle-t-il qu’il n’existe pas une, mais plusieurs photographies : imprimées ou exposées, privées ou publiques. Une partie de celles présentées à Londres ne sont assurément pas à leur place.

A voir

« Annie Leibovitz, a Photographer’s Life », National Portrait Gallery, Saint Martin’s Place, Londres, www.npg.org.uk, jusqu’au 1er février 2009. www.eurostar.com.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°609 du 1 janvier 2009, avec le titre suivant : Leibovitz : un album photo ne fait pas une expo

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