Lundi 17 décembre 2018

Paris - 16e

Lecture atypique

Maison de Balzac jusqu’au 21 mai 2017

Par Marie Frumholtz · L'ŒIL

Le 17 février 2017 - 314 mots

La Comédie humaine d’Honoré de Balzac a encore de quoi nous surprendre quelque cent cinquante ans plus tard.

Une passion dans le désert, œuvre inconnue de tous sauf de Gilles Aillaud, Eduardo Arroyo et Antonio Recalcati, raconte la rencontre d’un soldat napoléonien et d’une panthère dans le désert égyptien. Paru en 1830, ce court roman illustre le passage d’une interprétation sanglante à une vision épique des guerres napoléoniennes au XIXe siècle. En 1964, lorsque les trois plasticiens réalisent leur cycle de peintures, la Biennale de Venise vient de récompenser non pas un artiste français, mais un Américain. Marcel Duchamp et le pop art sont alors adulés presque partout. Deux contextes aux antipodes dont se nourrit le mouvement Figuration narrative pour réaliser son propre manifeste, actuellement exposé à la Maison de Balzac. Treize œuvres réalisées à plusieurs mains, ni titrées ni signées, juste accompagnées de petits textes descriptifs du critique Daniel Anselme, et qui précédent Vivre et laisser mourir ou la Fin tragique de Marcel Duchamp, du Musée Reina Sofia de Madrid, exécuté en 1965. Pour Aillaud, Arroyo et Recalcati, la peinture figurative a encore des choses à transmettre. Les trois artistes n’illustrent pas le récit, ils ne respectent d’ailleurs pas la trame narrative, mais instaurent une distance qui leur permet d’introduire une dimension politique et contestataire que ne contient pas selon eux la nouvelle de Balzac ni le pop art de Duchamp. Les visions kitsch et hallucinatoires se succèdent, centrées sur le côté scabreux de l’histoire, à peine suggéré par l’écriture balzacienne. Aucun sérieux dans cette démarche, les trois artistes s’amusent à choquer les bourgeois, à contre-courant des modes artistiques de leur époque. Le but de l’exposition n’est pas de nous conter l’histoire, mais, par le biais d’objets mis en scène au milieu des collections permanentes, de susciter une envie de lecture. Après cela, il n’est plus possible de lire Balzac de la même manière.

« Une passion dans le désert. Un roman, une exposition »

Maison de Balzac, 47, rue Raynouard, Paris-16e, maisondebalzac.paris.fr

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°699 du 1 mars 2017, avec le titre suivant : Lecture atypique

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