Photographie

Le show raté de Steve McCurry au Musée Maillol

Par Christine Coste · Le Journal des Arts

Le 8 février 2022 - 451 mots

PARIS

La rétrospective du photographe américain souffre d’un manque de contextualisation et d’une scénographie grandiloquente.

Steve McCurry. © John Ramspott, 2011, CC BY 2.0
Steve McCurry.
Photo John Ramspott, 2011

Paris. Aucune affiche d’exposition de Steve McCurry n’échappe au célèbre portrait aux yeux vert d’eau perçants de l’Afghan Girl que le photographe a réalisé au Pakistan, en 1984, pour le National Geographic. Sharbat Gula est alors une jeune Afghane, réfugiée dans un camp à la suite de l’occupation soviétique de son pays. Ce visage, apparu en couverture du magazine en juin 1985, est devenu une image emblématique dont son auteur use, et abuse. Une nouvelle fois en effet, elle fait l’affiche de la rétrospective de Steve McCurry au Musée Maillol, laquelle profite au passage que Sharbat Gula a trouvé refuge à Rome après son évacuation de Kaboul à la suite de la victoire des talibans. L’exposition se vante d’être « la plus complète consacrée au photographe américain », ce qui n’est pas sans provoquer un malaise en raison de son propos superficiel et de sa scénographie inappropriée.

Conçue par Biba Giacchetti, agent du photographe et fondatrice de l’agence Sud Est 57, organisatrice des expositions de Steve McCurry, la monographie manque en effet de rigueur, de réflexion et de contextualisation des images qu’illustre, dès l’entrée, la présentation du photographe. Dans sa biographie, il n’est jamais mentionné son passé de photoreporter envoyé aux quatre coins du monde par de prestigieux magazines pour couvrir des zones de conflit. Or de nombreuses photographies de l’exposition ont été réalisées dans le cadre de commandes. De même, son appartenance à l’agence Magnum depuis 1986 est gommée, comme si pour entretenir son image d’artiste indépendant, le photographe devait se délester de son passé et effacer toutes traces des titres de presse qui lui ont permis de se faire connaître. Les cartels aux explications succinctes participent de cette impression. Le commentaire de Steve McCurry qu’offre l’audioguide (inclus dans le prix du billet) ne concerne seulement qu’un tiers des photographies exposées.

Un autre problème se pose quant à la scénographie. À l’heure où notre époque saturée d’images incite les expositions de photographies à être précises dans ce qu’elles donnent à voir du monde, celle-ci dans sa forme immersive conduit à un déferlement de photographies bousculant dates de prise de vue, pays, sujets et situations. Le visiteur déambule dans une série de labyrinthes d’images, articulés par thème et éclairés uniquement par la lumière projetée sur les photographies. Si l’exposition affirme que les clichés de Steve McCurry « sont reconnus pour leur empreinte d’humanité, de dignité et de compassion ainsi que pour leur élégance et l’harmonie qui s’en dégage », cette emphase, à force d’être répétée, participe à l’agacement que l’on éprouve, comme si une image, pour asseoir les bons sentiments de son auteur, avait besoin d’une telle mise en scène.

Le monde de Steve McCurry,
jusqu’au 29 mai, Musée Maillol, 59-61, rue de Grenelle, 75007 Paris.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°582 du 4 février 2022, avec le titre suivant : Le show raté de Steve McCurry au Musée Maillol

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