Lundi 17 décembre 2018

Découverte

Le secret du dragon

Le Musée Cernuschi expose pour la première fois en France les statues bouddhiques exhumées en Chine du Nord

Par Daphné Bétard · Le Journal des Arts

Le 13 octobre 2009 - 434 mots

PARIS - En 1996, à Qingzhou (province du Shandong), au nord-est de la Chine, lors de travaux d’aménagement dans une école primaire, les terrassiers découvrent une fosse de 60 m2 où ont été soigneusement enterrées des centaines de fragments de statues.

Ils sont alors loin de se douter que ces pièces de grès, portant encore des traces de polychromie et de dorure, remontent au VIe siècle, période particulièrement faste pour la sculpture chinoise. Ces délicates figures bouddhiques, synthèse des traditions chinoises et de l’esthétique indienne, ont été exhumées sur le site d’un ancien temple nommé Longxingsi, littéralement le « temple de l’Éveil du dragon », édifié au Ve siècle.
Confiées à des équipes de restauration, reconstituées quand cela était possible, les œuvres, désormais propriété du Musée de Qingzhou, sont révélées au public français pour la première fois, au Musée Cernuschi, à Paris. Magnifiées par un éclairage quasi théâtral, les statues témoignent d’une grande variété stylistique et présentent les principales caractéristiques de la sculpture sous la dynastie des Wei – particulièrement les Wei du Nord (386-534) –, puis des Qi du Nord (550-577). Le parcours rend nettement visibles les évolutions plastiques, qui, en une trentaine d’années, ont vu se développer une statuaire largement inspirée de l’art Gupta. « Légère géométrisation des formes, intériorité des visages, diversification de la joaillerie et perfection des drapés qui épousent avec subtilité une musculature délicate, à peine perceptible » : tous ces éléments ainsi définis dans le catalogue par Gilles Béguin, directeur du musée et commissaire de la manifestation, sont autant de signes distinctifs de la richesse des statues de Qingzhou. Parmi ces sculptures figurent de nombreuses triades, composées d’un buddha central (le plus souvent Sakyamuni, le fondateur du bouddhisme en Inde au VIe siècle avant notre ère) entouré de deux bodhisattvas. Citons aussi la figure du bodhisattva debout dévoilé en fin de parcours, typique du style développé sous la dynastie des Qi du Nord dans sa forme la plus raffinée. Pour Gilles Béguin, ces œuvres d’un « équilibre parfait » annoncent la production des périodes Sui (581-618) et Tang (618-907). La présentation du Musée Cernuschi s’accompagne d’un important dispositif pédagogique, notamment d’ingénieux schémas mis à disposition du public pour décrypter les différents gestes du buddha (gestes de méditation, d’enseignement…). Ce procédé met à la portée de tous un art particulièrement subtil et permet de mesurer à leur juste valeur les fabuleuses découvertes archéologiques réalisées à Qingzhou.

LES BUDDHAS DU SHANDONG, jusqu’au 3 janvier 2010, Musée Cernuschi, 7, avenue Vélasquez, 75008 Paris, tél. 01 53 96 21 50, tlj sauf lundi et jours fériés 10h-18h. Catalogue, 142 p., 39 euros.

LES BUDDHAS
Commissariat : Gilles Béguin, conservateur général du patrimoine, directeur du Musée Cernuschi
Scénographie : Jean-Paul Boulanger, agence Pylône
Nombre de pièces : 30

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°311 du 16 octobre 2009, avec le titre suivant : Le secret du dragon

Tous les articles dans Expositions

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque