Mercredi 28 juillet 2021

Milan - Le design avant l’Expo

Le Salon de Milan version mobile

Le thème de la mobilité réveille le Salon international du meuble de Milan dont la dernière édition s’est tenue toutefois sans trop d’éclat

Par Christian Simenc · Le Journal des Arts

Le 5 mai 2015 - 1229 mots

Comme un discret préambule à l’Exposition universelle, le 54e Salon du meuble de Milan s’est tenu dans une atmosphère teintée de sobriété, malgré la présence envahissante de constructeurs automobiles. Placée sous le signe de la mobilité, cette édition a vu architectes et designers s’associer à de grandes marques pour des résultats souvent surprenants.

MILAN - En hors-d’œuvre à cet événement phare qu’est l’Exposition universelle 2015, ouverte depuis le 1er mai, s’est déployé, du 14 au 19 avril au Parc des expositions de Rho, le 54e Salon du meuble de Milan. D’ailleurs, en l’inaugurant, le 14 avril, le Premier ministre italien, Matteo Renzi, en a profité pour faire de cette édition 2015 une métaphore de « cette Italie qui va réussir, parce que nous la sauverons, y compris pour ceux qui continuent de se plaindre ». « Le Salon du meuble représente un pan de l’économie italienne d’aujourd’hui et de demain, a-t-il tonné. Ici se joue une part importante de la relance du pays ! » Bref, une sorte de méthode Coué à la sauce transalpine, dans un pays où la crise sévit encore avec virulence. D’où, sans doute, cette ambiance mi-figue mi-raisin qui a plané sur ce Salone 2015, aussi bien dans le « in » que dans les quelque 350 manifestations « off ». Pas de coup d’éclat, pas de fantaisie à outrance. En témoigne le roi du mobilier en plastique Kartell, lequel a troqué sa panoplie bling-bling or/argent/cuivrée de l’an passé pour militer en faveur d’un quasi-retour à un ordre bourgeois. À preuve : son stand avec murs en faux marbre vert, inspiré (de loin) par le Pavillon allemand de Mies van der Rohe, construit en 1929 pour l’Exposition internationale de Barcelone.
Outre l’habituelle ribambelle de designers, les architectes étaient de la partie, avec une petite longueur d’avance pour deux maîtres d’œuvre londoniens : David Adjaye et sa table Steel Dining Table pour Sawaya & Moroni, mais aussi l’insolite mobilier en tube doré Double Zéro chez Moroso ; et David Chipperfield, auteur du tout nouveau « Museo delle Culture » qui a ouvert fin mars dans le quartier de Tortona. Ce dernier rentabilise l’ouverture de son agence milanaise en stimulant ses contacts dans la Péninsule, parmi lesquels Artemide. Mais la palme de la surprise revient cette année au tandem Daniel Arsham et Alex Mustonen (cabinet Snarkitecture, New York), qui a métamorphosé le Spazio Erbe, showroom de la société COS, filiale hype de H&M, en une remarquable installation « inspirée par la légèreté et la luminosité de la collection printemps-été 2015 ». Le visiteur était ainsi invité à déambuler dans un labyrinthe constitué de milliers de bandes immaculées tombant du plafond jusqu’au sol. Un subtil moment d’égarement.

Automobiles
Le thème phare, cette année, bien que non affiché en tant que tel, est à n’en point douter la « mobilité ». Au sens propre d’abord, avec la présence en force de firmes automobiles. Certaines, telles Jaguar, Audi, Land Rover, Peugeot, Ford…, en profitent pour exhiber leurs derniers modèles. D’autres, comme Aston Martin, tentent un créneau vers le mobilier. Mais rares sont celles venues présenter une réflexion prospective. Ainsi, la marque japonaise Lexus a déployé une scénographie tout en bois dessinée par le designer français Philippe Nigro, autour de l’exaltation des sens. Clou du parcours : une salle cylindrique dont le sol représentait la coupe transversale d’un tronc avec ses cernes de croissance ; elle donnait le sentiment d’être perché dans un arbre, grâce aussi à une bande-son bucolique.
La firme allemande BMW et sa Design Team a quant à elle commandé à l’Argentin Alfredo Häberli une recherche sur la mobilité de demain intitulée « Sphères : Perspectives dans la précision et la poésie ». Résultat : une forme libre, étrange et sculpturale, moins une automobile qu’un croisement entre un navire de course et un vaisseau spatial. « À travers la sculpture abstraite d’un véhicule, ma vision, tridimensionnelle, projette un glissement luxueux d’une berline dans l’avenir », estime Alfredo Häberli, un brin emphatique.

Moins conceptuelle et plus drôle, la marque Mini a fait travailler l’Espagnol Jaime Hayon exactement sur le même thème, mais, cette fois, avec un produit imposé : la trottinette électrique Mini CitySurfer Concept. Dans une vaste installation baptisée « Perspectives urbaines », celui-ci a habillé le deux-roues de deux manières différentes : l’une très graphique et joyeuse, à travers un jeu de points et de rayures ; l’autre, plus chic, à l’aide de matériaux de haute facture, cuivre poli, métal anodisé et cuir. Le designer a, d’autre part, imaginé un casque hilarant avec lunettes intégrées, ainsi que deux vestes truffées de poches et autres « compartiments ».

La mobilité ne se pratique pas seulement sur un mode motorisé. Ainsi, pour le projet « Clarks : Rebooted » le chausseur anglais Clarks a fait revisiter son emblématique modèle Desert Boot – qui fête ses 65 ans – par quatorze créateurs basés en Grande-Bretagne, parmi lesquels les designers Alexandra Llewellyn, Faye Toogood et Kacper Hamilton. Chaque création sera fabriquée dans une édition limitée à 250 exemplaires et vendue uniquement sur Internet. Autre réflexion pédestre : le projet « Re-Inventing Shoes », cornaqué par United Nude et 3D Systems. Cette « réinvention » du soulier consiste en cinq prototypes réalisés en volume par les designers anglais Ross Lovegrove et Michael Young, et par les architectes Ben van Berkel (Pays-Bas), Zaha Hadid (Royaume-Uni) et Fernando Romero (Mexique). L’issue se révèle, au final, plus sculpturale qu’ergonomique. Bref, à déconseiller aux randonneurs !

Rituels de bienvenue
Qui dit mobilité dit aussi périples à travers la planète. Ainsi, nombre d’entre nous se retrouvent, parfois, à loger dans des appartements qu’ils ne connaissent point. C’est le principe même de la firme californienne Airbnb, laquelle est présente cette année à Milan en « vedette américaine ». Pour l’occasion, le fameux site de location de meublés montre dans un splendide palais de style baroque, le palazzo Crespi, le résultat de son partenariat avec Fabrica, le centre de recherche en design de la firme Benetton. L’installation est baptisée Housewarming (« Pendaison de crémaillère »). Objectif : « Célébrer les interactions qui se créent entre les hôtes et leurs invités lorsqu’on partage une maison et la manière dont ces relations uniques peuvent être engendrées à travers un accueil simple (sic). » Une vingtaine de designers ont donc interprété ce « concept de l’accueil » et réfléchi autour des rituels de bienvenue qui, selon les pays, ont leurs variantes, pour certaines amusantes. Inspirée par les cérémonies traditionnelles du sous-continent, l’Indienne Nikita Bhate, 25 ans, a dessiné un étonnant bougeoir-paroi pouvant accueillir une myriade de bougies, de quoi réserver « l’accueil le plus chaleureux possible ».

Au palazzo Bocconi, la maison Louis Vuitton présente une nouvelle collection, réalisée par une dizaine de designers, d’« Objets nomades ». L’Espagnole Patricia Urquiola a fabriqué un tabouret rigolo qui se plie en un tour de main et se métamorphose en un sac à main haute couture. Tandis que le Japonais Oki Sato a conçu une lampe portable minimale en développant un délicat travail de perforation du cuir. Luxueuse mobilité encore au Museo Bagatti Valsecchi, avec ce projet cornaqué par l’École cantonale d’art de Lausanne (Écal) et sponsorisé par la firme horlogère suisse Vacheron Constantin. Le Français Alexis Tourron a imaginé avec l’artisane sellière helvète Patricia Rochat un sac à dos de pique-nique ultrachic, en rotin et en cuir. Ne reste plus qu’à prendre la route !

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°435 du 8 mai 2015, avec le titre suivant : Le Salon de Milan version mobile

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