Archives nationales

Le roi, le mot et l’image

Par Daphné Bétard · Le Journal des Arts

Le 25 juillet 2007 - 610 mots

Le Musée de l’histoire de France, à Paris, révèle pour la première fois au public
le trésor des chartes des rois de France à travers un parcours subtil et didactique.

 PARIS - À l’origine de la création des archives nationales, il est un fonds exceptionnel qui n’avait jamais été présenté au public : le Trésor des chartes des rois de France, ensemble d’actes produits sur des parchemins pour faire valoir la volonté royale, sorte d’ancêtre du Journal Officiel. Les conservateurs des archives nationales Ghislain Brunel, Ariane James-Sarazin et leurs équipes en ont sélectionné les plus beaux exemples pour une exposition inédite. Ces documents a priori austères sont rendus intelligibles et vivants grâce à un parti pris passionnant dans la lignée des récents travaux d’historiens comme Michel Pastoureau ou Jean-Claude Schmitt, qui ont permis de considérer autrement ces actes administratifs. « C’est la première fois qu’on s’intéresse à leur iconographie et non à leur contenu. Nous souhaitons d’ailleurs développer cette nouvelle approche dans nos prochaines expositions : expliquer comment s’associent l’écrit et l’image », précise Ariane James-Sarazin. Loin d’être isolées de la production artistique médiévale, les chartes « participent à un état d’esprit commun à tous les arts », ajoute la conservatrice. En témoignent les œuvres présentées à leurs côtés : manuscrits enluminés, sculptures, éléments de vitrail, pièces d’orfèvrerie, objets de culte, monnaies et tissus, prêtés par des établissements tel le Musée national du Moyen Âge – Thermes de Cluny et la Bibliothèque nationale de France. Signalons la présence exceptionnelle du sceptre de Charles V à l’effigie de Charlemagne, qui quitte pour la première fois le Musée du Louvre. Sobre et élégante, la scénographie dévoile les archives sous leur plus beau jour : les chartes sont présentées sur de larges pupitres évoquant ceux du Moyen Âge, tandis que l’éclairage leur confère un caractère sacré.
Les premiers éléments décoratifs font leur apparition dans les actes royaux sous le règne de Saint Louis (1226-1270). Les scribes y introduisent des visages humains, ainsi que des animaux, des grotesques et des êtres hybrides. Les insignes et symboles du pouvoir (fleur de lys, dauphin ou dragon) envahissent peu à peu l’intérieur des lettres initiales, les marges et tête de paragraphe des documents.

Outil de propagande
À partir de la deuxième moitié du XIVe siècle, les scribes dessinent des portraits plus ou moins réalistes des souverains, voire de leurs épouses et progénitures. De simples décors, l’ornementation des diplômes royaux devient un authentique outil de propagande politique. Véritable condensé de l’ensemble des symboliques royales, les lois fondamentales édictées sous Charles V (1364-1380) trônent en majesté au centre de ce parcours particulièrement pédagogique. Cartels concis et clairs, petits livrets de visite pour en savoir plus, projection lumineuse permettant de se repérer dans la complexe chronologie des souverains de France : tout est mis en œuvre pour épauler le public. Une salle adjacente permet de se familiariser avec les techniques de la calligraphie et de l’enluminure ; un dernier espace s’adresse aux enfants et aux non-voyants. Du côté des scientifiques, « la quête n’en est qu’à ses débuts, souligne Ghislain Brunel dans le catalogue. Tant à Paris qu’à Bourges, Troyes, Versailles ou Reims, des chartes décorées des rois de France attendent leurs chercheurs. L’avenir, ce doit être aussi l’élargissement de l’horizon aux actes des princes, ceux des ducs de Bretagne, des ducs de Bourgogne, des ducs d’Orléans et de bien d’autres ».

sLA LETTRE ET L’IMAGE – TRÉSORS DES CHARTES ROYALES DE SAINT LOUIS À CHARLES VII

Jusqu’au 1er juillet, Musée de l’histoire de France, Hôtel de Soubise, 60, rue des Francs-Bourgeois, 75003 Paris, tél. 01 40 27 60 96, www.ar chivesnationales.culture.gouv.fr/chan, tlj sauf mardi et jours fériés, 10h-12h30 et 14h-17h30, 14h-17h30 le week-end. Catalogue, éditions Somogy et le Centre historique des Archives nationales, 256 p., 30 euros.

LA LETTRE ET L’IMAGE

- Commissariat : Ariane James-Sarazin, conservateur en charge du département à l’action culturelle et éducative, Musée de l’histoire de France des Archives nationales (site de Paris) - Commissariat scientifique : Ghislain Brunel, conservateur en chef à la section ancienne des Archives nationales (site de Paris) - Scénographie : Xavier Guillot - Nombre de pièces : 175 (dont 90 chartes décorées et/ou enluminées sur parchemin)

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°262 du 22 juin 2007, avec le titre suivant : Le roi, le mot et l’image

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