Vendredi 13 décembre 2019

Art contemporain

ANNÉES 1960

Le rétrofuturisme de Nicolas Schöffer

Par Itzhak Goldberg · Le Journal des Arts

Le 23 mars 2018 - 497 mots

LILLE

Le LaM réactive l’œuvre cybernétique de l’artiste-ingénieur qui voulait conjuguer technologie multimédia et poétique de l’espace urbain.

Nicolas Schöffer, Spatiodynamique 2 ou Horloge spatiodynamique aux mouvements contrastés, 1949-1950, aluminium et plexiglas polychrome, système électrique, socle en béton, 198 x 103 x 48 cm, collection Éléonore de Lavandeyra-Schöffer
Nicolas Schöffer, Spatiodynamique 2 ou Horloge spatiodynamique aux mouvements contrastés, 1949-1950, aluminium et plexiglas polychrome, système électrique, socle en béton, 198 x 103 x 48 cm, collection Éléonore de Lavandeyra-Schöffer
Photo N. Dewitte
©LaM

Villeneuve-d’Ascq.« Dream machines », le titre de l’une des sections de la rétrospective « Nicolas Schöffer »(1912-1992), aurait pu être celui de l’exposition elle-même. Ces machines à rêver incarnent la fascination de l’artiste pour l’écran cathodique. Fabriquées en 1968 – une date symbolique – les Lumino sont des boîtes dont l’écran est animé par des lampes à variateur, selon un rythme modifiable par le propriétaire. Commercialisées par Philips en France – presque 1 500 exemplaires écoulés –, elles sont censées produire un effet apaisant grâce à des teintes douces et des glissements lents. Ce dispositif psychédélique, inventé par Schöffer, reste relativement anecdotique dans sa production plastique. Il n’en est pas moins emblématique de l’importance que ce dernier accorde à l’art et à son impact psychologique.

Rien d’exceptionnel dans cette croyance. Années 1960 obligent, l’idée de l’art interactif, affectant tous les aspects de la vie, est partagée par de nombreux créateurs. Ces artistes-ingénieurs, pour lesquels la surface du tableau ne suffit plus, se servent des nouvelles technologies et entrent dans l’ère de la « polymatérialité ». Avec Schöffer, la sculpture tente sa transgression, la matière se dissout en lumière. Lui, cité dans le catalogue, cherche « à se débarrasser de l’objet, pour ne conserver que l’ombre et le miroitement ».

Des œuvres sonores et mobiles

Le parcours chronologique présente ces œuvres cybernétiques, sonores et mobiles, pour lesquelles l’artiste va employer dès 1948 le terme de « spatiodynamisme ». Les sculptures et les maquettes, accompagnées d’une riche et précise documentation, reconstituent parfaitement, grâce à une belle scénographie, l’esprit de l’époque. Rapidement, Schöffer, se liant à l’architecte Claude Parent, entame un dialogue avec l’espace urbain. En 1955, il réalise à Paris la première sculpture multimédia interactive ; sonorisée par une composition en temps réel à partir de bandes magnétiques de Pierre Henry, elle fonctionnera durant tout l’été. L’artiste est ambitieux – mais pas plus que Le Corbusier – avec son plan pour une ville tridimensionnelle : verticale pour travailler, horizontale pour se reposer, courbe pour l’euphorie et les loisirs. D’autres projets, comme la célèbre Tour Lumière Cybernétique, d’une hauteur vertigineuse de plus de 300 mètres, prévue pour le quartier de la Défense, ne verra jamais le jour.

Vient la section « Sculpture-spectacle », la partie de l’œuvre qui a fait de Schöffer quasiment une star dont les images se trouvent sur les couvertures de revues comme Paris-Match. Les sculptures se transforment en « peintures », des écrans sur lesquels viennent se projeter des faisceaux colorés. Ailleurs, ce sont les « Théâtres d’ombres », reflets changeants de ses travaux en mouvement, qui participent à la chorégraphie de Maurice Béjart.

Œuvre visionnaire ? Sans doute. Malgré quelques digressions kitsch, la production protéiforme de Schöffer illustre un monde d’avant-crise, où l’avenir radieux se dessinait encore dans les couleurs chatoyantes de l’arc-en-ciel. Un temps où les artistes espéraient faire accéder la société technologique à sa dimension poétique. Mais c’était avant.

Nicolas Schöffer, rétrospective,
jusqu’au 20 mai, LaM, 1, allée du Musée, 59650 Villeneuve-d’Ascq

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°497 du 16 mars 2018, avec le titre suivant : Le rétrofuturisme de Nicolas Schöffer

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