Dimanche 18 novembre 2018

Le quai Branly lève le masque sur le ciwara

Par Laure Meyer · L'ŒIL

Le 1 septembre 2006 - 412 mots

Le jeune musée du quai Branly consacre sa première exposition éphémère aux masques africains ciwara, créations fascinantes par leurs variations du motif de l’antilope et par leur élégance.

Célèbres dans le monde entier, les statues ciwara du Mali ne manquent jamais de séduire. Comment ne pas admirer leur équilibre, leurs formes qui s’enchaînent sans heurts ni ruptures. Même sans comprendre, on admire. Mais une question se pose. Pourquoi des danseurs portent-ils ces statues sur la tête ?

L’union du soleil et de la terre
Ce sont des masques cimiers de danse fixés à des calottes en vannerie dont se coiffent les danseurs, le visage dissimulé par un voile noir. Ces danseurs, qui pouvaient être vus par tous, étaient de jeunes hommes initiés, des cultivateurs qui par leurs danses perpétuaient un très vieux culte agraire jadis en faveur dans tout le sud du Mali, chez les Bamana, un nom que les gens du pays préfèrent à Bambara. Ce culte avait lieu même au-delà des frontières, en direction du sud chez les Sénoufo. Ancré dans la vie agricole, il a été un élément fédérateur qui a uni les Bamana à certains peuples voisins.
Les danses du Ciwara se déroulent de jour au début de la saison des pluies, dans les champs ou en procession autour du village. Parmi ces danseurs-agriculteurs il en est un qui, à l’issue de la fête, reçoit un prix pour son travail, et devient le « champion ». Dans le passé, ce jeune homme était membre de la société initiatique Ciwara qui s’attachait à faire comprendre les liens de l’homme avec le cosmos, liens mythiques du soleil, principe masculin, et lien avec la terre, principe féminin. Selon les croyances locales, la divinité Ciwara, aurait appris aux hommes comment cultiver le sol.
Le danseur ciwara connaissait les animaux que représentent les sculptures des masques cimiers. L’antilope y figure toujours, ne serait-ce que par ses cornes. Il s’agit de l’antilope hippotrague, la plus grande. C’est elle dont la marche et la course sont imitées par le danseur. Un autre animal, l’oryctérope qui apparaît souvent au bas de la sculpture, est connu pour la rapidité avec laquelle il creuse des galeries souterraines. Vient aussi le pangolin couvert d’écailles, placé dans le haut du masque et stylisé. Il est représenté dans la position enroulée qu’il prend pour se défendre et protéger ses petits. Sur les masques les plus raffinés, on remarque aussi un très beau travail des surfaces qui contribue à l’identification de l’animal.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°583 du 1 septembre 2006, avec le titre suivant : Le quai Branly lève le masque sur le ciwara

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