Lundi 17 décembre 2018

Récits

Le musée imaginaire d’Oskar Serti

Par Frédéric Bonnet · Le Journal des Arts

Le 31 janvier 2017 - 418 mots

À Vélizy, Patrick Corillon convoque l’imagination pour comprendre la nature de l’image et son existence même.

VÉLIZY-VILLACOUBLAY - On pourrait l’écouter parler pendant des heures. Parler est d’ailleurs l’une de ses grandes affaires, et il peut le faire… pendant des heures ! Ainsi Patrick Corillon (né en 1959) raconte-t-il des histoires au cours d’événements que certains qualifieront de performances, d’autres de spectacles, tandis que, lui, les nomme des « conférences-spectacles ». L’artiste y narre quantité de récits tenaillés entre une trame et un contenu parfaitement fictifs, qui néanmoins prennent souvent appui sur des considérations et des expériences tirées de la science ou du vécu. Tous propos qui, le plus souvent, trouvent également des débouchés plastiques et convient l’imaginaire au loin.

À Micro Onde-Centre d’art de l’Onde, à Vélizy-Villacoublay, le visiteur retrouvera d’emblée Oskar Serti, personnage qui l’accompagne depuis une vingtaine d’années, ou plus exactement ses dessins et ceux de sa compagne griffonnés lors de leurs conversations téléphoniques ; l’oreille n’a pu entendre ce qu’ils se sont dit, mais l’œil peut imaginer la teneur de leurs échanges par l’entremise de l’image.

Fantomatique mémoire
Ainsi l’exposition « Le Degré zéro des images » est-elle construite autour d’une idée de l’absence ou de la disparition propices à une stimulation de l’esprit et qui in fine pose la question du regard, de la possibilité de l’image et de la croyance en cette dernière. En témoigne notamment l’un des ensembles d’œuvres les plus sensibles de l’accrochage : des plaques de cuivre suspendues à un fil, comme des photos en train de sécher – celles qu’auraient prises Serti dans un village du bout du monde dont les habitants tentent de conserver la mémoire malgré leur disparition, en en confectionnant des copies en cuivre d’après les souvenirs qui se transmettent de génération en génération.

C’est presque à la visite d’un musée imaginaire que convie ici Corillon, avec des objets sous vitrines qui enjoignent au visiteur à passer de récits en récits, entre des peintres lapons spécialisés dans la peinture blanche exécutée avec des pinceaux en poil de phoque, des écrivains qui réinventent la forme du livre, ou le constat dressé que les tableaux sont nimbés de poussières colorées qui viennent aussi se poser sur les spectateurs et sont là matérialisées par des nuées de confettis. Avec ces objets témoins, ces récits captivants qui défient l’imagination et ces « images » qui engagent également une dimension physique, ce que conte avec subtilité « Le Degré zéro des images » c’est aussi l’histoire d’une innocence salutaire du regard.

PATRICK CORILLON. LE DEGRÉ ZÉRO DES IMAGES

Jusqu’au 18 mars, Micro Onde, Centre d’art de l’Onde, 8 bis, avenue Louis Breguet, 78140 Vélizy-Villacoublay, tél. 01 78 74 39 17, www.londe.fr, tlj sauf lundi 13h-18h30, samedi 11h-16h, entrée libre. Conférence-spectacle Le Zéro absolu le 7 mars à 20h30.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°472 du 3 février 2017, avec le titre suivant : Le musée imaginaire d’Oskar Serti

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