Mercredi 28 octobre 2020

Paris 16e

Le musée imaginaire de Louis Vuitton

Fondation Louis Vuitton Jusqu’au 6 juillet 2015

Par Isabelle Manca · L'ŒIL

Le 14 avril 2015 - 550 mots

« Jamais deux sans trois », dit l’adage… Pourtant, après deux manifestations inaugurales décevantes, la Fondation Louis Vuitton signe enfin une exposition à la hauteur de ses ambitions et de ses moyens.

En se payant le luxe de délocaliser dans le Bois de Boulogne un concentré de chefs-d’œuvre de l’histoire de l’art moderne. Soit une soixantaine de pièces majeures, pour beaucoup iconiques, issues de prestigieuses collections qui ne prêtent qu’exceptionnellement leurs trésors. Le casting grandiose donne le vertige : Malevitch, Bacon, Kupka, Matisse, Rothko, Mondrian et bien sûr Munch. L’annonce de la venue de son célèbre Cri a même défrayé la chronique plusieurs mois avant l’ouverture. Une occasion rare, donc, pour ne pas dire unique, d’admirer sous un même toit des tableaux venus des quatre coins du monde et connus du grand public presque exclusivement sous forme de reproductions. Un tour de force placé sous l’égide de la pure délectation. Inutile en effet de chercher ici un propos scientifique, puisqu’il est inexistant. On y va pour admirer des œuvres de référence, point barre. De l’aveu même de sa commissaire, Suzanne Pagé, la vocation de la présentation est de « poser des questions sur le statut iconique des œuvres, pas de les résoudre ». Le fil rouge de ces miscellanées est de montrer des jalons artistiques ; des œuvres singulières ayant fondé la modernité à coup de ruptures retentissantes. Tout en éclairant les partis pris qui président à la constitution de la collection contemporaine de la Fondation. Le parcours est ainsi scindé en quatre thèmes très généralistes qui répondent aux lignes directrices de la collection Louis Vuitton. Les lignes expressionniste, méditative, popiste et musicale. C’est clairement un panorama subjectif de l’avant-garde que l’on nous propose. Ce qui explique la présence ou l’absence de certains maîtres, mais plus encore la pertinence de certains rapprochements. Les Picasso, par exemple, ne sont pas les plus représentatifs de la révolution stylistique du peintre. De même le dialogue entre les séries de Monet et d’Akseli Gallen-Kallela sonne un peu creux, tant la démarche des artistes diverge. A contrario, plusieurs ensembles thématiques sont de véritables « claques ». La section dédiée à l’abstraction radicale, où Mondrian, Malevitch et Brancusi se tiennent la dragée haute sous le regard d’un superbe Rothko, est ainsi diablement efficace. La résonance magnétique entre les quatre artistes marquera assurément les esprits. La dernière partie est une véritable apothéose. Autour du thème de la musique, elle réunit trois géants : Matisse, Kandinsky et Kupka. Dès le seuil de la salle, le regard est irrémédiablement capté par La Danse de Matisse. Progressivement, on s’aperçoit que l’immense tableau fait face à deux sublimes Kupka, dont son manifeste Amorpha, fugue en deux couleurs, tandis que les quatre panneaux de Kandinsky concluent cette partition sans faute. On frôlerait presque le syndrome de Stendhal. La seule vraie déception du parcours est finalement l’œuvre la plus attendue : Le Cri d’Edvard Munch. Contrairement au reste de l’accrochage qui est un très sobre white cube, l’œuvre a été placée dans une grande boîte vitrée enchâssée dans une chapelle noire. Si les conditions de sécurité drastiques expliquent la présence du coffre-fort vitré, cette mise en scène dans ce caisson sombre dramatise inutilement sa présentation. Dans cette salle faiblement éclairée on voit au final davantage son propre reflet dans le miroir que l’icône.

« Les Clefs d’une passion »

Fondation Louis Vuitton, 8, avenue du Mahatma-Gandhi, Bois de Boulogne, Paris-16e, www.fondationlouisvuitton.fr

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°679 du 1 mai 2015, avec le titre suivant : Le musée imaginaire de Louis Vuitton

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