Lundi 17 décembre 2018

Le mobilier corrosif de Droog Design

Par Emilie Oursel · L'ŒIL

Le 1 novembre 2006 - 368 mots

Le design aussi peut faire preuve de dérision. C’est ce qu’entend démontrer le collectif néerlandais Droog Design qui défend un savoir-vivre mêlé à la critique du quotidien. Lors de sa première apparition publique, au Salon du meuble de Milan de 1993, le collectif – fondé par ­Gijs Bakker et Renny Ramakers – marque les consciences par son esprit « hippie et familier ». Le designer Tejo Remy, entre autres, y présente le célèbre fauteuil Rag Chair, constitué d’un amas de vêtements de seconde main.
Droog Design – qui compte aujourd’hui cent trente designers collaborant à l’aventure – entretient depuis treize ans une philosophie déroutante, que l’on pourrait situer entre l’éco-design et l’art de la subversion. Le collectif porte d’ailleurs bien son nom, puisque le terme droog – sec en français – évoque un humour léger et mordant à la fois, lequel s’exporte bien.
Preuve en est la vaste rétrospective du collectif qui, après avoir circulé en Europe, est reçue aujourd’hui au Museum of Arts and Design, à New York.
L’ensemble des projets menés par Droog Design ainsi qu’une sélection d’objets réunie à cette occasion perturbent la conscience tranquille du consommateur. Avec Restauring the Daily Life, Franck Bragigand, par exemple, s’attache à rénover d’une simple couche de peinture des meubles trouvés dans la rue ou chez Emmaüs.
Nos manies quotidiennes sont prises à partie pour être interrogées avec une simplicité de moyen parfois désarmante. Tandis que Marti Guixé plaque deux parois de bois aux accoudoirs d’un fauteuil dans Private Chair – isolant l’utilisateur du monde alentour –, Floris Schiferli propose Sit Down Gentlemen – Respect the Cleaning Women ! une porte de WC sur laquelle est projetée l’image d’une femme de ménage raclant le sol.
Droog Design propose un monde entre poésie et autocritique, dont les productions ont de quoi faire rêver certains artistes, telle la chaise en forme de svastika de Richard Hutten, S(h)it-on-it. Quitte enfin à délaisser le fonctionnel pour l’imaginaire, Timo Breumelhof propose Paraffin Table, une table-bougie qui image le sens subversif que Droog Design donne à ses productions : la liberté créatrice.

« Simply Droog 10 3 years of Creating Innovation and Discussion », Museum of Arts and Design, New York, www.madmuseum.org, jusqu’au 14 janvier 2007.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°585 du 1 novembre 2006, avec le titre suivant : Le mobilier corrosif de Droog Design

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