Société

XIXE SIÈCLE

Le Japon à hauteur d’enfant

Par Élisabeth Santacreu · Le Journal des Arts

Le 11 mai 2022 - 520 mots

PARIS

Dans l’élan de son ouverture au monde pendant l’ère Meiji, le Japon a redéfini l’éducation des enfants. La production témoignant de cette approche est passionnante et amusante.

Paris. Parmi les bouleversements qui caractérisent l’ouverture au monde accompagnant l’ère Meiji au Japon (1868-1912), figurent les changements qu’elle apporte à l’éducation des enfants. En collaboration avec le Machida City Museum of Graphic Arts (Musée des arts graphiques de la ville de Machida au Japon) et sous le commissariat de la conservatrice Kana Murase, un peu plus de 140 estampes et documents racontent cette évolution des mentalités et des pratiques.

Enseignement obligatoire

Avant toute chose, c’est la société japonaise elle-même qui s’occidentalise. Les femmes adoptent la crinoline, les hommes abandonnent leur chignon, un wagon hippomobile, sorte de tramway, apparaît à Tokyo et les cirques entament des tournées avec clowns et ménagerie. Si on ne voit pas d’enfants dans le public, c’est parce qu’ils sont à l’école, car, depuis la promulgation du décret de 1872 sur l’éducation, l’enseignement collectif est devenu obligatoire.

D’après le texte de l’estampe non datée Choses qu’étudient les petits enfants, exécutée par Utagawa Kunimasa IV (1848-1920), le programme comporte des cours d’anglais, de mathématiques, de géographie, de « calcul à l’occidentale » ou de « sciences occidentales ». Le triptyque Instruction des enfants à l’école primaire (1874) de Nikutei Karyô montre une salle de classe que se partagent plusieurs professeurs, hommes et femmes, enseignant aux garçons et aux filles au moyen de planches murales et de livres. Ceux-ci décrivent la géographie, à l’instar de Tous les pays du monde (1872) de Fukuzawa Yukichi, ou sont la traduction de publications anglaises comme Les Fables d’Ésope pour tous (1873). Mais, le mieux étant de maîtriser l’anglais, il existe des manuels de lecture, parfois approximatifs mais toujours joliment illustrés.

Des estampes éducatives

Très attrayantes, les planches naturalistes décrivent les fleurs, fruits et légumes du Japon. Les auteurs font parfois preuve d’un humour bien peu académique : dans la planche Nouveauté : Toutes sortes de poissons (anonyme et sans date), une sirène figure au milieu de ce petit peuple de la mer. L’histoire des techniques n’est pas oubliée puisque les estampes Inventeurs occidentaux»(anonymes, après 1873) mettent en scène « La machine à vapeur de Watt » ou « La céramique de Palissy ». Et, bien entendu, l’histoire du Japon fait l’objet de publications tels les Modèles instructifs de héros persévérants (1885).

Les publications destinées à divertir les enfants se multiplient. Le Sugoroku [sorte de jeu de l’oie] des bons et mauvais jeux d’enfants (1881) d’Utagawa Kunitoshi consent à la poupée mais considère comme mauvais les jeux de colin-maillard, cache-cache ou le jonglage… Comme en Europe, on édite des images à découper et pliables ou des poupées en papier avec leurs accessoires. Les estampes qui mettent en scène chats ou souris dans la vie quotidienne japonaise permettent aux enfants d’apprendre les usages en s’amusant. Ceux-ci peuvent également lire des contes illustrés, en japonais ou en anglais.

En contrepoint au talent des illustrateurs japonais est présenté celui du Français Georges Bigot (1860-1927) qui, séjournant au Japon, a publié les albums d’eaux-fortes O-Ha-Yo (1883) et Croquis japonais (1886) montrant des scènes de la vie moderne.

Les enfants de l’ère Meiji. À l’école de la modernité,
jusqu’au 21 mai, Maison de la culture du Japon, 101 bis, quai Jacques-Chirac, 75015 Paris.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°589 du 13 mai 2022, avec le titre suivant : Le Japon à hauteur d’enfant

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