Samedi 24 février 2018

Le goût de l’éclectisme

La donation d’art graphique Henry Vasnier, à Reims

Par Daphné Bétard · Le Journal des Arts

Le 23 janvier 2008

Autour d’une soixantaine d’œuvres, le Prado confronte les notions d’histoire politique et de collections d’art entre
les cours espagnole et britannique pendant
la première moitié
du XVIIe siècle. L’exposition « Les enchères du siècle. Relations artistiques entre Espagne et Grande-Bretagne (1604-1655) » reconstitue
les échanges culturels
et artistiques entre les
deux puissances par le biais
de leurs grands hommes.

REIMS - “Je donne et lègue [...] à la Ville de Reims où j’ai passé les meilleures années de mon existence, où j’ai travaillé depuis le 18 mars 1856, jour où j’y suis arrivé pour la première fois, et où j’ai fait ma situation, tout l’ensemble de mes collections d’objets d’art et principalement de tableaux, soit à l’huile, soit au pastel, soit à l’aquarelle, soit au fusain ou au crayon”... En 1907, par testament, le directeur de la célèbre maison de champagne Pommery, Henry Vasnier, léguait sa collection d’œuvres d’art à la ville de Reims, à condition qu’elle se dote d’un nouveau musée. Il ne souhaitait pas, en effet, que ses œuvres soient dispersées dans les salles du premier étage de l’hôtel de ville, qui en faisaient alors office. Son vœu fut exaucé en 1913, date de l’inauguration du nouveau Musée des beaux-arts de Reims, installé dans la partie subsistante de l’ancienne abbaye Saint-Denis. L’établissement rend aujourd’hui hommage au donateur, avec une sélection d’œuvres graphiques présentées selon les recommandations très précises d’Henry Vasnier, qui voulait que les pièces soient exposées “avec éclairage par en haut, et non de côté par des fenêtres” sur des murs entièrement tapissés “d’étoffe rouge soyeuse, en panne ou peluche comme celle existante dans les galeries où sont mes tableaux et objets d’art”. Disposés selon un parcours thématique – les portraits puis les paysages –, les dessins révèlent un goût résolument éclectique, avec quantité de petits maîtres aujourd’hui oubliés, rappelant les modes et tendances de l’époque.

“Repenser” son patrimoine
Pour les portraits, Henry Vasnier privilégiait les figures féminines, représentées dans des atmosphères intimistes et bourgeoises, telles la Liseuse (1849) de Paul-Albert Besnard, L’Espiègle de Charles Chaplin ou Stella (1899) de Lucien Guirand de Scévola. Quant aux paysages, Jean-François Millet et Théodore Rousseau semblent avoir sa préférence, mais détonnent aux côtés de dessins mineurs, acquis tardivement, comme Religieuse et Bretonnes en prière de Lucien Simon. Pour David Liot, directeur du musée, les achats tardifs du collectionneur “ne sont pas seulement le fruit du hasard ou de la mode, mais correspondent à un engagement esthétique personnel. [...] Henry Vasnier milite pour l’une des branches de l’art contemporain de son temps”.

Malgré une grande diversité, la majorité des dessins met en relief la technique plus que l’imagination, essayant d’imiter au mieux la réalité. “Si l’on raisonne en fonction de notre sensibilité actuelle, on serait tenté de porter un jugement plutôt réservé sur les goûts de Vasnier, arguant que, dans le domaine du dessin, il ne s’était guère montré ‘aventureux’, explique dans le catalogue Arlette Sérullaz, une des commissaires de l’exposition. Replacée dans son époque, sa démarche apparaît beaucoup moins réductrice.” Trois artistes dominent la collection : Antoine Calbet, Charles Léandre et Léon Lhermitte. D’autres acquisitions contrastent étonnamment avec l’ensemble. C’est le cas des Avocats de Daumier ou de la série offerte par le dessinateur Gustave Pierre représentant un Défilé d’indigents dans un baraquement, un Stationnement d’indigents devant un baraquement et l’Entrée et sortie des indigents (1908), des thèmes résolument sociaux, défiant l’ordre établi. La dernière partie est consacrée aux Glaneuses de Millet, entourée des dessins de l’artiste. Acquise par Jeanne-Alexandrine Pommery, juste avant sa mort, en 1890, et offerte à l’État, la toile avait transité par Reims, avant de rejoindre le Louvre puis le Musée d’Orsay, à Paris. Le parcours se prolonge dans les salles permanentes du musée, où sont accrochés, depuis près d’un siècle, les tableaux de la donation Vasnier, comme Plage de Berck à marée basse (1877) de Boudin, La Rade de Cardiff (1897) de Sisley ou L’Avenue de l’Opéra (1898) de Pissarro. L’exposition a donné lieu à une importante campagne de restauration, menées par Nadège Dauga et Marie-Rose Gréca, du Centre de recherche et de restauration des Musées de France.

Pour sa part, le Musée des beaux-arts de Reims devrait bénéficier de grands travaux de rénovation, de restructuration et d’une extension contemporaine. L’élaboration du projet scientifique et culturel ainsi que l’étude de programmation seront rendues d’ici la fin 2002, tandis que le projet architectural devrait être achevé en 2003 et les travaux commencer d’ici 2004. “La Ville de Reims souhaite repenser son patrimoine, lui redonner une réelle lisibilité, explique David Liot. Pour cela tous les lieux culturels doivent travailler ensemble.”

- MILLET, ROUSSEAU, DAUMIER... CHEFS-D’ŒUVRE DE LA DONATION D’ARTS GRAPHIQUES HENRY VASNIER, jusqu’au 7 juillet, Musée des beaux-arts, 8 rue Chanzy, 51100 Reims, tél. 03 26 47 28 44, tlj sauf mardi, 10h-12h et 14h-18h, fermé le 1er mai. Catalogue, Somogy, 143 p., 25 euros.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°148 du 3 mai 2002, avec le titre suivant : Le goût de l’éclectisme

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