Mardi 18 décembre 2018

Collection

Le feu au corps et à l’âme

Le Journal des Arts

Le 4 novembre 2005 - 425 mots

Le marchand Jan Krugier dévoile au Musée Maillol à Paris ses trésors, de Picasso à Basquiat.

 PARIS - Des artistes qui vivent physiquement leur peinture, s’impliquant corps et âme dans la création, tel pourrait être le critère qui a guidé le marchand Jan Krugier (lire le JdA no 222, 7 octobre 2005) pour sélectionner les œuvres de cette exposition. Une partie de la collection de dessins du galeriste genevois avait déjà été présentée à Paris, en 2002 au Musée Jacquemart-André. Le Musée Maillol lui offre cette fois ses espaces pour dévoiler d’autres œuvres, réunies sous un titre que lui avait inspiré une visite dans l’atelier de Mark Rothko. « Si tu cherches le feu, tu le trouveras sous les cendres », lui avait dit l’artiste en reprenant une phrase de Martin Buber. En guise de clin d’œil, c’est une pièce de Rothko qui ouvre l’exposition, judicieusement accrochée à côté d’un Paul Klee dont la composition et la gamme chromatique font directement écho à celles du peintre américain. Comme le rapporte Bertrand Lorquin dans le catalogue, « pour Jan Krugier, ces peintres du “Feu sous les cendres” sont des chamans modernes. Ils transmettent un message originel sur le mode hallucinatoire ». Ce qui semble particulièrement vrai pour Bacon ou Basquiat, moins pour Picasso, Chaissac ou Giacometti.
Pièces d’art primitif, peinture moderne, sculptures et œuvres graphiques cohabitent au gré d’un accrochage qui tire le meilleur parti du lieu. La monumentale Fête villageoise de Dubuffet et la Femme allongée de Picasso, des totems de Chaissac et de vastes compositions de Torres-Garcia ou Miquel Barceló occupent la grande salle, tandis que les figures fantomatiques à l’encre de Chine de Louis Soutter dansent aux côtés de L’Homme forêt et de L’Hydre de Germaine Richier dans un espace plus intime. À l’étage, c’est une atmosphère tendue qui attend le visiteur, à travers deux artistes majeurs, Basquiat avec de grands formats débordants d’énergie, où la couleur explose, une peinture à vif qui contraste avec les visions sourdes, rentrées, douloureuses de Zoran Music. Ce grand ami de Jan Krugier est représenté par une douzaine d’œuvres, autoportraits crépusculaires, motifs végétaux ou le poignant Nous ne sommes pas les derniers, de 1973. Un art habité qui referme une exposition éclectique, dont le dénominateur commun à tous les artistes est l’énergie créatrice, le désir irrépressible, vital, de s’exprimer. Une manifestation qui permet aussi au grand galeriste de promouvoir à bon compte son patrimoine.

LE FEU SOUS LES CENDRES, DE PICASSO À BASQUIAT

- Commissaire : Jan Krugier - Nombre d’œuvres : 80 - Nombre d’artistes représentés : 30

LE FEU SOUS LES CENDRES, DE PICASSO À BASQUIAT

Jusqu’au 13 février 2006, Musée Maillol, fondation Dina-Vierny, 61, rue de Grenelle, 75007 Paris, tél. 01 42 22 59 58, www.museemaillol.com, tlj sauf mardi, 11h-18h. Catalogue Gallimard/Musée Maillol, 164 p., 35 euros, ISBN 2-07011-836-3.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°224 du 4 novembre 2005, avec le titre suivant : Le feu au corps et à l’âme

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