Mercredi 12 décembre 2018

Le droit d’inventaire de Bernd et Hilla Becher

À Paris, les photographes allemands disposent de leur première exposition depuis 1986

Le Journal des Arts

Le 11 mai 2001 - 506 mots

Depuis l’exposition personnelle organisée par le Musée d’art moderne de la Ville de Paris en 1986, le couple de photographes allemand Bernd et Hilla Becher n’avait pas montré leur travail dans la capitale. La galerie Renn présente un ensemble de soixante-cinq tirages pris entre 1959 et 1998 sur le thème des « Haüser », suite de maisons particulières.

PARIS - Le hasard du calendrier veut que concordent la vente d’un lot de photographies anciennes, dispersées le 10 mai à Londres par Sotheby’s, et une exposition, à Paris, des photographies contemporaines de Bernd et Hilla Becher. La vente londonienne offre une suite tout à fait saisissante de vues de la banlieue – que l’on nommait alors la zone – prises par Atget entre les années 1910 et 1913.  Les chiffonniers de la porte d’Italie, le rempailleur de chaises de la porte d’Asnières, les roulottes de la porte de Choisy ou les fortifications de la porte de Versailles viennent rappeler la quête matinale d’un Atget, installant sa lourde chambre à soufflet 18 x 24 dans la marge misérable de l’espace urbain. On peut voir ces documents comme un constat ou un engagement. Le philosophe Michel Serres a d’ailleurs souligné dans un essai que le mot “banlieue” tirait son suc sémantique de la construction étymologique de “lieu d’où l’on est banni”.

Ce droit d’inventaire d’une photographie sur ses marges est revivifié depuis le début des années 1960 par Bernd Becher et Hilla Wobeser qui les a conduits à s’intéresser très tôt à l’habitat, maisons privées à colombages, fenêtres étroites, jardinets et escaliers de fonction, dans la région de la Ruhr et de Siegen, en Allemagne. Ces “Haüser” exposées pour la première fois à Paris, à la galerie Renn, s’intègrent dans une démarche de classification des lieux symboliques du travail en voie de disparition : séries des hauts fourneaux, châteaux d’eau, silos et tours de refroidissement.

Les jeux graphiques des colombages, la présentation des maisons au centre de l’image, le choix d’une lumière quasi neutre où nul nuage ne vient troubler l’ordonnance du repérage et du choix des façades imposent une typologie. Les Becher présentent d’ailleurs à la galerie Renn deux œuvres, Typologie, qui mêlent plusieurs tirages, façades en noir et blanc, sans référence chronologique des prises de vue. S’il est évident que cette manière objective et sculpturale a fortement influencé les élèves des Becher passés par l’Académie des beaux-arts de Düsseldorf, tels Andreas Gursky, Axel Hütte ou Thomas Struth, le travail du couple n’est pas seulement centré sur une esthétique pittoresque. Le livre Framework Houses, publié par Schirmer/Mosel, indique, à la différence de l’exposition, un travail sociologique plus appuyé. Chaque prise de vue des maisons est annotée des indications du lieu de résidence, ville, nom de rue, numéro, date de construction de la maison et profession des occupants : un droit d’inventaire sociologique et un plan d’occupation des sols photographique.

- Bernd et Hilla Becher, “Haüser�?, jusqu’au 13 juillet, galerie Renn, 14-16 rue de Verneuil, 75007 Paris ; tél. : 01 42 61 25 71, tlj sauf lun 12h-19h.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°127 du 11 mai 2001, avec le titre suivant : Le droit d’inventaire de Bernd et Hilla Becher

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