Le divisionnisme made in Italy

Par Colin Lemoine · L'ŒIL

Le 19 juin 2008

En cette fin de XIXe siècle, la catalyse des avant-gardes perturbe la chronologie.

Quand la naissance d’un mouvement avait pu coïncider avec l’enterrement d’un autre, l’adolescence des courants n’est désormais plus une garantie d’accéder à l’âge adulte. L’âge de raison est aussi parfois celui de la rébellion ou, selon, de la sénescence. Nulle garantie sur l’avenir, nulle concession envers le passé. Tabula rasa. Aussi, une terminologie logorrhéique achoppe-t-elle nécessairement à vouloir désigner et catégoriser par des « ismes » fédérateurs des phalanges artistiques qu’aucun fantasme d’étanchéité ou de permanence ne parviendrait à résumer.
1871. Ébranlée par des crises intestines, l’Italie adopte la voie de l’unification et, rapidement, celle d’un courant destiné à incarner les idéaux progressistes et démocratiques d’un peuple souverain. Autour du marchand, critique et peintre Vittore Grubicy, des artistes issus des septentrions lombards, piémontais ou liguriens se regroupent pour constituer le divisionnisme italien qui, s’il emprunte également aux théories de Chevreul et de Rood, se distingue de son voisin transalpin par ses accents locaux et, bientôt, nationaux.
Car si l’Italie pèse encore en Europe, c’est par sa tradition. Le poids d’une tradition, donc, que rien ne saurait rendre indélébile : quand Seurat et Signac exaltent la nature solaire et l’oisiveté urbaine, Longoni, Morbelli ou Nomellini explorent la condition sociale du manœuvre à l’usine ou de l’ouvrière des rizières ; quand les uns adoptent un pointillisme littéral, les autres plébiscitent une large touche sur d’amples formats empruntés à la Renaissance. Toutefois, la palette est large : ainsi le pathétisme prolétaire du Torrent (1895-1896) de Pellizza da Volpedo semble indifférent aux paysages désolés et irradiés de lumière de Segantini (Printemps sur les Alpes, 1897).
À la faveur de prêts insignes, la National Gallery évite l’écueil de l’inventaire et interroge la fortune logique d’une avant-garde dont la seule cohérence eût pu sinon sembler de n’en avoir pas. De la sorte, des toiles majeures des futurs futuristes Carrà, Boccioni ou Russolo attestent la fertilité généalogique d’un mouvement qui, en dépit de la magistrale exposition Italies au musée d’Orsay en 2001, reste méconnu en France. Ici Londres, à vous Paris... ?

« Radical Light: Italy’s Divisionist Painters 1891-1920 », National Gallery, Trafalgar Square, Londres (Grande-Bretagne), www.nationalgallery.org.uk, jusqu’au 7 septembre 2008.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°604 du 1 juillet 2008, avec le titre suivant : Le divisionnisme made in Italy

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