Le dessin sur le divan

Les visions capitales de Juila Kristeva

Le Journal des Arts

Le 18 décembre 2008

Après Jacques Derrida, Peter Greenaway, Jean Starobinsky et Hubert Damisch, le département des Arts graphiques du Louvre confie à Julia Kristeva le soin d’organiser sa cinquième exposition “Parti pris�?. À travers une soixantaine d’œuvres, l’écrivain et psychanalyste explore les thèmes de la décapitation et de la tête détachée du corps, expression d’une angoisse fondatrice de l’humanité, dont le seul exutoire serait la représentation plastique.

PARIS - “Si la vision de notre intimité pensante est bien la vision capitale que l’humanité a produite d’elle-même, ne doit-elle pas se construire en transitant précisément par une obsession de la tête comme symbole du vivant pensant ?” À l’enquête de Julia Kristeva, l’histoire fournit un riche répertoire, du culte du crâne à la Tête de femme criant de Picasso, en passant par les images récurrentes de la Méduse, d’Holopherne, de Goliath, de saint Jean-Baptiste, ou encore de la Sainte Face. L’écrivain montre comment la création artistique permet de dépasser la terreur de la mort et de la séparation.

Aidée dans son choix par le département des Arts graphiques du Louvre, Julia Kristeva a sélectionné une soixantaine de dessins et de sculptures, du Moyen Âge à nos jours. Si, par son exagération expressive, la Méduse attribuée à Calandrucci traduit la souffrance et l’effroi, comme certaines études caravagesques de Judith et Ho­lopherne, l’iconographie du Nou­veau Testament offre au contraire une vision souvent idéalisée et sereine de la décollation, prélude à la résurrection, ainsi qu’en té­moigne L’étude pour la tête de saint Jean-Baptiste de Solario. Enfin, les artistes mo­dernes, tels que Puvis de Chavannes, Picasso, Rainer, Steichen ou Bacon, ont revisité le thème à travers leurs images – érotiques, dramatiques ou morbides – de visages sans corps. Quelques sculptures et masques mortuaires figureront dans l’exposition, mais Julia Kristeva s’est particulièrement intéressée à la spécificité technique du dessin, qui combine l’immédiateté du geste et l’affinement abstrait du trait.
En complément, les tableaux naturalistes et violents de Judith et Holopherne, par Artemisia Gentileschi, et David et Goliath du Caravage devraient être projetés au sein du parcours pour illustrer les articulations iconographiques et plastiques entre peinture et dessin ; une boucle vidéo abordera l’utilisation de ce thème séculaire par le cinéma.

Enfin, le 6 juin à 15h, les visiteurs pourront rencontrer et questionner Julia Kristeva, qui conçoit également son exposition comme une œuvre citoyenne et pédagogique, en ces temps où certains remettent en cause l’abolition de la peine de mort ; où Jean-Marie Le Pen renoue avec cette fascination du sacrifice en présentant aux caméras l’effigie décapitée de Catherine Trautmann… Quelques portraits de personnes guillotinées ou exécutées, regroupés au sein du parcours, apporteront d’ailleurs au mythe son contrepoint réel.

PARTI PRIS : VISIONS CAPITALES, 30 avril-27 juillet, Musée du Louvre, hall Napoléon, tél. 01 40 20 51 51, tlj sauf mardi 10h-21h45, entrée 30 F. Catalogue par Julia Kristeva, RMN, 216 p., 120 ill., 230 F.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°59 du 24 avril 1998, avec le titre suivant : Le dessin sur le divan

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