Art ancien

XIXE SIÈCLE

Le charme puissant de Léon Bonvin

Par Élisabeth Santacreu · Le Journal des Arts

Le 4 janvier 2023 - 531 mots

La Fondation Custodia présente une sélection importante ainsi que le catalogue raisonné de l’œuvre de ce dessinateur et aquarelliste si rare.

Paris. De Léon Bonvin (1834-1866), il serait facile de ne retenir que le destin romanesque. Cabaretier par nécessité, il était peintre par vocation, mais il ne pouvait exercer son art que pendant de rares moments de liberté. Il a étudié, sans doute aux cours du soir, à l’École spéciale de dessin et de mathématiques appliqués aux arts industriels. Son frère aîné, François Bonvin (1817-1887), peintre jouissant d’une certaine célébrité à son époque et encore aujourd’hui reconnu des historiens de l’art pour ses natures mortes et ses scènes de genre, aurait pu lui faire de l’ombre. Il n’en est rien : les artistes qui fréquentaient le cabaret s’intéressaient à ses œuvres et François, qui avait encouragé les premiers pas de son cadet, travaillait à le faire connaître. Léon Bonvin avait même un collectionneur américain, William T. Walters, qui lui commandait des aquarelles par l’intermédiaire d’un agent installé à Paris, George Lucas. À quelques jours de ses trente-deux ans, s’étant vu refuser par un marchand le prix demandé pour une aquarelle à un moment où ses finances étaient précaires, il s’est pendu à l’un de ces arbres qu’il avait dessinés, laissant une veuve de vingt-quatre ans et trois enfants. Dans la revue La Rue, en 1866, Jules Vallès écrivit : « Il a eu honte d’être vaincu par la fatalité. »

Un peintre particulièrement apprécié aux États-Unis

Il est une autre manière de se souvenir de Léon Bonvin et c’est celle qu’a choisie l’équipe de la Fondation Custodia. Dans la préface du catalogue, Ger Luijten, son directeur, malheureusement disparu récemment, raconte que l’achat en 2016 d’un autoportrait réalisé par le peintre quelques jours avant sa mort, avec quelques autres œuvres et documents, a fait naître l’idée d’une exposition monographique et d’un catalogue raisonné. Ce travail exemplaire a été mené par Maud Guichané, commissaire de l’exposition, avec le concours de Gabriel P. Weisberg qui avait organisé la première rétrospective de Léon Bonvin en 1980-1981, au Musée de Cleveland et au Walters Art Museum de Baltimore où sont conservées cinquante-sept de ses œuvres sur les cent quarante-quatre cataloguées. Outre le Musée d’Orsay, la Fondation Custodia et quelques musées régionaux qui possèdent un certain nombre de feuilles, on en trouve dans quelques musées américains et dans des collections particulières des deux côtés de l’Atlantique.

C’est aux États-Unis que s’est le mieux perpétuée la mémoire de Léon Bonvin. Le réalisme y a gardé ses lettres de noblesse depuis le XIXe siècle, et les dessins et aquarelles de l’artiste français représentant avec une infinie poésie, dans un temps suspendu, la vie quotidienne à l’auberge, le paysage de Vaugirard, des natures mortes et des bouquets de fleurs des champs, continuent d’y être recherchés. Sur les murs de la Fondation Custodia, les quatre-vingts œuvres exposées, dont la seule huile sur toile connue de l’artiste, montrent les étapes de son travail : les dessins à la pierre noire, d’abord, de plus en plus aboutis, puis le passage à l’aquarelle. Les dernières, représentant des paysages fondus dans une perspective atmosphérique derrière un premier plan d’herbes et de fleurs sauvages, sont de purs chefs-d’œuvre.

Léon Bonvin. Une poésie du réel,
jusqu’au 8 janvier, Fondation Custodia, 121, rue de Lille, 75007 Paris.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°602 du 6 janvier 2023, avec le titre suivant : Le charme puissant de Léon Bonvin

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