Jeudi 24 septembre 2020

Art précolombien

Le chamane, ce médiateur ancestral

Par Éric Tariant · Le Journal des Arts

Le 25 mars 2016 - 724 mots

Le Musée du quai Branly invite à découvrir la cosmovision des peuples de l’Équateur précolombien. Une culture holistique, organisée autour de la figure du chamane, où tout est vivant et interconnecté.

PARIS - Tous les éléments composant la Pachamama (la Terre mère) sont vivants. Ils possèdent un esprit et sont intrinsèquement reliés. Il est de la responsabilité spirituelle de l’être humain, gardien de la Terre, de préserver cet héritage. Telles étaient les convictions des femmes et des hommes composant les quatre cultures de la côte centre-nord de l’Équateur (cultures de Bahia, Jama-Coaque, La Tolita et Chorrera) sur lesquelles l’exposition « Chamanes et divinités », présentée au Quai Branly, se focalise.

Ces peuples conçurent l’existence de trois mondes dans l’espace cosmique : le monde céleste ou celui des astres ; l’inframonde dans lequel se trouvaient les habitants mythiques, les défunts et les esprits des ancêtres ; et le monde terrestre, celui des êtres humains, des plantes, des animaux. Chacun de ces mondes était peuplé de divinités. C’est aux chamanes que revenait la mission de réaliser l’interconnexion entre ces différents espaces. La mission de préserver l’intégrité physique et spirituelle de leur communauté.
Le chamanisme, « ensemble de savoirs, de pratiques, de principes éthiques et spirituels à la recherche d’une connaissance holistique de l’énergie spirituelle qui meut la totalité du cosmos et de la vie », selon Santiago Ontaneda-Luciano, archéologue et commissaire de l’exposition, a connu son plein épanouissement au cours de l’époque dite des « développements régionaux » (entre 500 av. J.-C. et 500 apr. J.-C).

Quatre sections
L’exposition, scénographiée par Marc Vallet, est divisée en quatre sections. La première vise à présenter la cosmovision de ces peuples anciens. Celle-ci était façonnée par les représentations symboliques des éléments naturels. L’aigle harpie personnifiait l’air, le jaguar le feu, le serpent l’eau et l’homme la Terre. Suivent deux autres sections où sont présentés le savoir sacré puis l’exercice de ce savoir.

Près de 270 œuvres d’art sont exposées, issues des collections de plusieurs musées équatoriens, ceux de Guayaquil, Bahia, Quito (Musée national) et Esmeraldas. Bon nombre d’entre elles, dans un état de conservation remarquable, sont montrées pour la première fois en Europe. Ces pièces sont le plus souvent en céramique, mais aussi en pierre, en or ou en os.

C’est un portrait du chamane que dresse la première section. Passeur entre différents mondes, cette figure préside les rites, cérémonies et fêtes, vêtue de ses habits les plus fastueux (ponchos rituels) et d’une multitude d’ornements (pectoraux, colliers, bracelets, labrets, chapelets de perles). Pour entrer dans le monde des esprits, le chamane a recours à la méditation ou à l’utilisation de plantes sacrées. Mais aussi à la musique, comme en témoigne une belle céramique de la culture Jama-Coaque montrant un musicien tenant une flûte de pan et un maracas.

L’ayahuasca ou « liane de l’âme »
« C’est en faisant qu’on atteint le savoir, en cherchant l’interrelation de l’être humain, de la nature et du cosmos et des esprits qui les habitent », souligne le commissaire. L’exercice du savoir sacré est l’apanage de différents chamanes qui ont chacun leur spécialité. Le chamane guérisseur s’attache à rétablir l’équilibre perdu en travaillant sur les principaux éléments constitutifs de l’être humain (physique, mental, émotionnel et spirituel). En recourant à des plantes psychotropes comme l’ayahuasca (la « liane de l’âme » en quichua), il a accès aux différents niveaux de l’espace cosmique et peut connaître les événements à venir. Le chamane agriculteur veille, lui, à la protection des terres et des récoltes. Une céramique de la culture Jama-Coaque montre un personnage revêtu d’un poncho cousu de petits coquillages qui, en se heurtant entre eux, produisent un son évoquant la pluie. Les chamanes peuvent être aussi astronomes et chasseurs. Ils sont responsables, en outre, de nombreux rites d’initiation et autres cérémonies sacrificielles.

Le parcours s’achève sur une évocation trop brève de la perpétuation de certaines de ces sagesses ancestrales dans l’Équateur contemporain. Curieusement, le commissaire passe sous silence le « buen vivir », cette philosophie de vie puisant ses racines dans les traditions indigènes du monde andin et amazonien qui appelle à vivre de manière équilibrée, en harmonie avec soi-même, avec les autres et avec la Nature. Ces principes de vie ont pourtant acquis une nouvelle dimension en entrant dans la constitution équatorienne en 2008.

Chamanes

Commissariat d’exposition : Santiago Ontaneda-Luciano, anthropologue et archéologue
Nombre d’œuvres : 265

Chamanes et divinités de l’équateur précolombien

Jusqu’au 15 mai, Musée du quai Branly, mezzanine Est, 222, rue de l’Université, 75007 Paris, tél. 01 56 61 70 00, www.quaibranly.fr, lun.-mar.-mer.-dim. 11h-19h, jeu.-ven.-sam. 11h-21h, entrée 9 €. Catalogue, coéd Musée/Actes Sud, Arles, 240 p, 260 ill, 42 €.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°453 du 18 mars 2016, avec le titre suivant : Le chamane, ce médiateur ancestral

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