Trophées

Le bestiaire de Richard Fauguet

Par Frédéric Bonnet · Le Journal des Arts

Le 25 octobre 2016 - 468 mots

Au château de Rentilly, l’artiste se livre à une relecture facétieuse des collections du Musée de la chasse et de la nature.

BUSSY-SAINT-MARTIN - Dans cet intrigant film de Bertille Bak, un comédien spécialisé dans la réplique des mouvements et comportements animaliers bondit dans un champ comme un animal sauvage, face à des chasseurs qui commentent sa prestation et n’hésitent pas à lui dispenser quelques conseils (Le Hameau, 2014). Parfois y résonne en fond sonore un cor de chasse, comme celui qui, pas très loin de là, est accroché au-dessus d’un tableau – en fait un morceau de toile cirée ornée de motifs de chasse tendu sur châssis – dont il assure l’éclairage après qu’une ampoule lui ait été adjointe : encore une des innombrables facéties de Présence Panchounette (Le soir au fond de la cuisine, 1981).

Des raccourcis comme celui-ci, des allusions, des réminiscences, des citations et autres associations visuelles et jeux d’esprit, Richard Fauguet s’est fait un malin plaisir d’en emplir le château de Rentilly, à l’invitation du Fonds régional d’art contemporain Île-de-France. Deux fois par an, l’institution parisienne y propose des expositions, dont une est toujours le fruit d’une collaboration avec une collection privée ou publique. C’est ici le fonds du Musée de la chasse et de la nature que l’artiste est allé explorer, y dénichant une sélection de pièces qu’il a voulu associer avec des œuvres contemporaines issues de provenances diverses. À l’instar de sa pratique, qui jamais ne se montre avare en formes et matériaux non conventionnels, c’est presque un grand collage sur les thèmes de l’animal et de la chasse qu’il est venu composer au sein des deux niveaux du château, dans un accrochage mêlant quelque soixante-dix œuvres de natures fort différentes et dont le titre, « Animal on est mal », dit d’emblée l’esprit décalé si ce n’est facétieux qui l’anime.

Un labyrinthe de tapisseries
C’est surtout l’usage qui a été fait de la tapisserie qui retient en premier lieu l’attention dans sa proposition. Fauguet est allé exhumer des réserves une dizaine de pièces jamais exposées au musée – beaucoup sorties de la Manufacture de Beauvais aux XVIIe et XVIIIe siècles – qu’il a suspendues dans l’espace du premier niveau, les délivrant ainsi du mur qui normalement les porte. Ce faisant il a pu dessiner plusieurs espaces autonomes dans lesquels s’engagent des conversations avec des œuvres contemporaines, comme ces formidables cerfs de Didier Marcel, qui ne sont plus que quelques lignes tracées dans l’espace grâce à des fers à béton (Sans titre (cervidé), 2010), ou les moulages de fusils en résine aux couleurs vives de Xavier Veilhan (Les Fusils, 1992). Mais c’est lorsqu’est effectué un grand saut que l’exercice est le plus réjouissant, comme lorsque l’œil passe de céramiques de Jean Carriès figurant des crapauds à des terrines en forme de hure de sanglier : l’animal dans tous ses états !

ANIMAL ON EST MAL

jusqu’au 22 janvier, Domaine de Rentilly, 1, rue de l’Étang, 77600 Bussy-Saint-Martin, tél. 01 60 35 43 50, www.chassenature.org, mercredi et samedi 14h30-17h30, dimanche 10h30-13h et 14h30-17h30, entrée libre.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°466 du 28 octobre 2016, avec le titre suivant : Le bestiaire de Richard Fauguet

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