Art précolombien

L’autre Pérou

Par Sophie Flouquet · Le Journal des Arts

Le 28 avril 2006 - 527 mots

Le Petit Palais renoue avec les expositions consacrées aux civilisations étrangères par une exploration de l'art péruvien.

 PARIS - L’art péruvien précolombien ne se limite pas à la culture des bâtisseurs incas, contrairement à ce que les chroniques des conquistadores espagnols, débarqués sous le commandement de Pizarro en 1532, ont donné à croire pendant des siècles. Depuis le début du XXe siècle, l’archéologie a en effet permis, et malgré les nombreux pillages, de mettre au jour une incroyable diversité de cultures andines : Virú, Vicús (découverte seulement dans le courant des années 1960), Paracas, Nasca, Moche, Tiwanaku, Wari, Recuay, Lambayeque-Sicán, Chimú et Chancay. Toutes sans écriture, ces entités ont cohabité ou se sont succédé pendant les trois mille ans d’occupation précolombienne de ce pays au climat difficile. Le royaume expansionniste et bâtisseur de Tawantinsuyu –  la « terre des quatre provinces » des Incas –, qui n’a duré quant à lui qu’à peine un siècle, s’en sera toutefois approprié un certain nombre d’expressions artistiques.

Production de poteries
Grâce à des prêts exceptionnels provenant d’une quinzaine de musées péruviens, le Petit Palais, à Paris, a pu réunir une sélection représentative des trésors de céramique, d’orfèvrerie et de productions textiles de ces différentes cultures. Couvrant une période allant de l’équivalent du néolithique au XVIe siècle, elles sont présentées de manière chronologique, dans le cadre d’une scénographie sobre et élégante, mais trop souvent dépourvue de repères temporels.
Durant le Formatif ou Horizon ancien (vers 1500-vers 300 av. J.-C.) dominent les cultures de Chavín de Huantar, qui fut vraisemblablement un centre spirituel, de Paracas, réputée pour ses productions textiles, ou de Cupinisque. Située sur la côte nord, cette dernière laissa une remarquable production céramique – technique apparue entre 1800 et 1000 av. J.-C – et un répertoire de formes voué à un succès séculaire.
La succession des salles permet en effet de prendre la mesure des influences qui ont pu exister entre certaines de ces cultures, et notamment de l’importance de l’héritage cupinisque dans l’art de Moche, l’un des plus étonnants du Pérou ancien. Contemporain de l’art nasca, connu pour ses grands géoplyphes tracés dans le désert, l’art de Moche se développa au cours de la période dite « classique » (période intermédiaire ancienne, vers 400-vers 700). Installés sur le littoral septentrional, sur les bords du fleuve Moche, les mochicas rayonnèrent sur le désert côtier, l’un des plus arides du monde, grâce à leur maîtrise des techniques d’irrigation. Bâtisseurs de pyramides en pisé (les huacas), ces
cultivateurs-guerriers excellèrent dans la production de poteries réalisées par moulage et offrant une remarquable unité stylistique et chromatique. Ainsi de cette série de bouteilles à anse goulot en étrier aux formes zoomorphes, végétales ou illustrant des scènes complexes. Mais les œuvres maîtresses sont les célèbres bouteilles céphalomorphes en argile, appelées les « vases-portraits ». Représentant des visages de dignitaires masculins, elles sont empreintes d’une expressivité troublante. De quoi s’interroger sur les valeurs conférées à ces objets retrouvés exclusivement en contexte funéraire.

PÉROU

- Commissariat scientifique : Patrick Lemasson, conservateur au Petit Palais, Bertha Vargas, directrice des musées et de la gestion du patrimoine historique du Pérou - Scénographie : Philippe Maffre - Nombre de salles : 13

PÉROU. L’ART DE CHAVÁ­N AUX INCAS

Jusqu’au 2 juillet, Petit Palais–Musée des beaux-arts de la Ville de Paris, avenue Winston-Churchill, 75008 Paris, tél. 01 53 43 40 00, www.petitpalais.paris.fr, tlj sauf lundi, 10h-18h (mardi jusqu’à 20h). Catalogue, 224 p., 39 euros, ISBN 2-87900-947-2.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°236 du 28 avril 2006, avec le titre suivant : L’autre Pérou

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