Mercredi 19 décembre 2018

Bordeaux

L’artiste et la chapelle

Au Capc, troisième étape des projets pour les chapelles de Vence

Par Le Journal des Arts · Le Journal des Arts

Le 1 janvier 1995 - 494 mots

Précédemment présentés à Vence et à Chalon-sur-Saône, les projets de quatorze artistes, sollicités par Yvon Lambert pour un lieu méconnu et abandonné de Vence, sont exposés au Capc. À l’exemple de Matisse, une aventure et un défi exemplaires pour l’art contemporain.

BORDEAUX -  L’art et la religion n’ont plus, aujourd’hui, de rapports entre eux. Les artistes se tournent plus volontiers vers des formes de spiritualité moins contraignante et, de son côté, l’Église a omis de s’accorder à son temps, oubliant malheureusement les exemples de Matisse à la chapelle du Rosaire, ou de Le Corbusier avec la chapelle de Ronchamp. Le galeriste Yvon Lambert, Vençois de naissance, a voulu redonner vie à ce sacro monte où il flânait enfant et que le temps a outragé. De cette mélancolie est né un projet ambitieux, qui consistait à solliciter des artistes contemporains pour, au-delà d’une simple réhabilitation des lieux, investir ces chapelles du Calvaire.

Près d’une vingtaine d’artistes ont répondu favorablement par des propositions souvent déroutantes, à l’instar de ce qu’est la situation aujourd’hui. Mais surtout, ils ont répondu avec une conviction et une chaleur que rien ne laissait présager. "On ne peut imaginer un seul instant, écrit justement Jean-Louis Scheffer dans le catalogue, qu’une attitude de piété porte des artistes à ‘illustrer’ des thèmes évangéliques. Ils ont dû, aujourd’hui, penser la chose la plus difficile : le rapport à l’au-delà, à l’Autre, le mystère du dieu fait homme, dont notre religion historique constituait tout à la fois la pensée, l’inquiétude entretenue, le mystère préservé."

En effet, d’une station à l’autre, et quel que soit l’intérêt que l’on éprouve pour telle ou telle œuvre dans son ensemble, l’effort librement consenti, la remise en question de certains automatismes institutionnels, tranchent avec nombre d’expositions collectives, où les enjeux sont parfois dévitalisés.

Giulio Paolini avec 1 994 cadres dorés, Philippe Favier avec son hommage transparent à Matisse, Jean-Charles Blais avec sa méditation sur le voile de Véronique, Niele Toroni qui, via Giotto et Dante, évoque les étoiles, Jean-Pierre Bertrand qui retrouve un thème à sa mesure, Christian Boltanski qui imagine une nouvelle forme cultuelle, ou encore Joseph Kosuth réfléchissant sur l’idée de sacrifice, tous sont parvenu à dépasser ou à transcender les attendus de leur propre travail. Les échecs néo-saint-sulpiciens de Bernard Pagès ou de Jacques Charlier sont vraisemblablement dus à une certaine condescendance vis-à-vis du sujet et à de trop grands sacrifices à l’iconographie chrétienne.

Rien ne s’oppose, en tout cas, à ce que certains de ces projets se concrétisent bientôt, puisque le soutien de la Ville de Vence et de la Délégation aux arts plastiques est d’ores et déjà acquis. Par ailleurs, une exposition cryptée, intitulée "Je vous ai tant aimés", organisée par Laurent Busine, directeur des expositions au Palais des beaux-arts de Charleroi, regroupe en même temps dans la nef de l’entrepôt Léon Frédéric, Louis Jammes, Giuseppe Penone et José Maria Sicilia.

\"Pour les chapelles de Vence\"

"Je vous ai tant aimés", Capc-Musée d’art contemporain, jusqu’au 19 février.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°10 du 1 janvier 1995, avec le titre suivant : L’artiste et la chapelle

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