Dimanche 25 février 2018

L’art japonais n'est pas que manga !

Par Philippe Piguet · L'ŒIL

Le 7 août 2007

Passé l’effet de mode Murakami, dont le pic fut atteint lors de la Biennale de Venise en 2003, et la façon quelque peu autoritaire dont il s’est imposé à l’égard des artistes japonais, la scène nippone tente de trouver sa vitesse de croisière. Si sexe et manga en constituent le fer de lance, d’autres concepts, typiquement japonais, tels que le kawaii (charme) et le lolicon (complexe de Lolita), voire celui de monde flottant, n’en sont pas moins porteurs.
Pour le moins surprenante en ces lieux ordinairement si gourmands d’attitudes plus radicales, l’exposition que consacre le musée lyonnais à Chiho Aoshima, à Aya Takano et à Mr. donne une image hautement colorée de la création actuelle japonaise. La trentaine plus ou moins avancée, ces trois artistes partagent un même amour de l’image populaire, une même pratique du dessin, voire de l’infographie et des technologies nouvelles.
Le monde de Chiho Aoshima (née en 1974 à Tokyo) est composé de formes fluides et de figures fantomatiques qui basculent entre visions oniriques et allusions au passé. Sa propension à s’épandre dans l’espace pour l’occuper tous azimuts conduit l’artiste à brosser de grandes peintures environnementales qui font se télescoper l’extérieur et l’intérieur. De denses strates d’images et de puissants effets de couleurs contribuent à en complexifier la lecture.
Aya Takano (née en 1976 à Saitama), avec ses couleurs suaves, renvoie irrésistiblement à cette époque lointaine de l’école de l’ukiyo-e qui a fait la grandeur des estampes japonaises au xixe siècle. Longilignes et idéalisés, comme chez Utamaro, ses personnages féminins – des nymphettes essentiellement – sont les actrices de saynètes vaporeuses et édulcorées. Si celles-ci doivent quelque chose tant au symbolisme qu’au surréalisme, c’est qu’elles sont l’expression d’états transitoires, de passages et d’entre-deux.
Les figures enfantines de Mr. – surnom emprunté par dérision à une vedette sportive japonaise – ont à la fois, avec leurs gros yeux ronds, quelque chose d’effrayant et d’attirant. Entre créatures diaboliques et héros de manga. Émule de Murakami, membre du groupe Poku (contraction de pop et de otaku, désignant un inadapté), Mr. (né à Cupa en 1969) tisse une œuvre qui les met en scène dans des scénarios ambigus conjuguant sexualité, innocence et perversité. Le tout trempé de tons chatoyants à la Walt Disney.

« Chiho Aoshima, Mr., Ayo Takano », musée d’Art contemporain, Cité internationale, 81, quai Charles-de-Gaulle, Lyon 6e, tél. 04 72 69 17 17, jusqu’au 31 décembre.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°586 du 1 décembre 2006, avec le titre suivant : L’art japonais n'est pas que manga !

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