Vendredi 23 février 2018

L’art des royaumes sikhs

La communauté des purs fête son tricentenaire

Le Journal des Arts

Le 15 juillet 2008

Pour célébrer le 300e anniversaire de la fondation de la Khalsa, « la communauté des purs », le Victoria and Albert Museum (V&A) propose une exposition consacrée aux arts du Pendjab et du Cachemire sous la domination des sikhs. S’ils n’ont pas donné naissance à un art sikh proprement dit, ces royaumes ont assuré la transmission jusqu’au XIXe siècle des traditions mogholes et rajputs.

LONDRES (de notre correspondant) - “Les arts des royaumes sikhs” se composent de deux parties, l’une historique, l’autre artistique ; et toutes deux sont d’un intérêt égal, même si elles ne sont pas parfaitement coordonnées. La première présente l’histoire du sikhisme, fondé au Pendjab vers 1500 par le gourou Nanak, auteur des hymnes sur lesquels s’appuie la religion monothéiste et égalitaire qu’il enseigne. En accord avec les mystiques de son époque, Nanak proclame qu’aux yeux de Dieu, “il n’y a ni hindous, ni musulmans”. Plus tard, ses disciples doivent subir les persécutions mogholes, et avec la création de la Khalsa – la communauté des purs – en 1699, leur foi se fait militariste. Le règne du puissant maharadjah Ranjit Singh (1780-1839) marque l’apogée de la puissance sikh. Mais, dix ans après sa mort, les Anglais annexent le Pendjab. Le trône d’or de Ranjit Singh entre alors dans les collections du South Kensington Museum (futur V&A), tandis que le maharadjah Dalip Singh, dépossédé de son royaume, s’installe dans le Suffolk où il devient un des favoris de la reine Victoria et un personnage influent. Le peintre Winterhalter a fait de lui un portrait flamboyant.

Cet aperçu historique sert d’introduction à une imposante exposition des arts du Pendjab et du Cachemire – peintures, textiles, orfèvrerie, mosaïques et bijoux –, depuis la cour impériale moghole de Lahore et des royaumes rajputs des collines du Pendjab aux XVIIe et XVIIIe siècles, jusqu’à la cour de Ranjit Singh à Lahore (1801-1839) et des États sikhs qui lui succèdent, comme celui de Patiala. Paradoxalement, les plus belles pièces ont été commandées par les moghols et les rajputs. Les sikhs eux-mêmes n’avaient pas d’inclination particulière pour les arts. Il n’y a pas d’art sikh comme il existe un art moghol ou rajput, avec une esthétique distincte, fruit de la collaboration entre des souverains raffinés et les artistes de leur cour. Petit et borgne, Ranjit Singh était un homme extrêmement rusé et très charismatique, amoureux des bonnes choses de la vie, du vin, des femmes et de la flûte, mais il s’intéressait peu aux arts. Les sikhs ont cependant permis d’assurer la transmission – avec une technique éprouvée mais une inspiration appauvrie – jusqu’à l’époque de la reine Victoria des traditions établies au temps des moghols et des rajputs.

Organisée avec l’aide de la Fondation Sikh de Californie, l’exposition présente quelques objets rarement vus provenant de l’Inde, du Pakistan, d’Europe et des États-Unis. La Collection royale britannique a prêté quelques somptueux bijoux, dont le fameux rubis de Timur et la ceinture d’émeraude du maharadjah Sher Singh. On admirera aussi, provenant de Lahore, des armes, des armures et un canon de six – symboliques du militarisme des sikhs –, un charmant portrait de l’un des généraux français de Ranjit Singh, Jean-François Allard, en compagnie de sa femme, originaire du Cachemire, et de ses enfants. Allard avait commandé à Imam Bakhsh de délicieuses illustrations pour une édition française des Fables de La Fontaine, dont certaines sont inspirées de l’ancien Pancatantra indien. De nombreux objets appartiennent évidemment au V&A : outre le trône de Ranjit Singh, le musée présente de magnifiques châles et textiles, ainsi qu’une des plus belles collections de portraits de sikhs, essentiellement rassemblée par l’ancien conservateur, W.G. Archer, dans les années cinquante.

LES ARTS DES ROYAUMES SIKHS

Jusqu’au 25 juillet, Victoria and Albert Museum, Cromwell Road, Londres, 44 171 938 85 00, tlj 10h-17h45. Catalogue.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°82 du 30 avril 1999, avec le titre suivant : L’art des royaumes sikhs

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