Samedi 22 septembre 2018

Kunsthistorisches Museum, Vienne. Jusqu’au 25 avril 2010

L’art de Vermeer

Par Lina Mistretta · L'ŒIL

Le 26 janvier 2010 - 334 mots

La fortune critique de Jan Vermeer, dit Vermeer de Delft (1632-1675), est singulière. Alors qu’il jouit durant sa courte vie d’une réelle notoriété, il tombe rapidement dans l’oubli jusqu’au XIXe siècle.

De passage en Hollande, Étienne Thoré découvre, ébloui, son œuvre. En 1866, il publie une monographie qui assure au peintre une gloire posthume bien méritée.
 
Sa biographie reste floue et échappe à l’histoire de l’art. Les moyens et le registre expressif de sa peinture sont tout autant insolites : seulement trente-six tableaux lui sont attribués et hormis deux vues d’extérieur : La Ruelle (1661) et, surtout, Vue de Delft (1660-1661) d’une rare précision naturaliste, à propos de laquelle Proust disait « qu’il avait vu le plus beau tableau du monde », ses scènes se déroulent dans un univers clos. Des intérieurs bourgeois essentiellement peuplés de jeunes femmes rêveuses s’abandonnant à la lecture ou à la musique. Seules La Dentellière et La Laitière saisies dans leur tâche quotidienne expriment des gestes appliqués et précis.
 
Quelques tableaux comportent un unique personnage masculin dont L’Art de la peinture (1666-1667), point focal d’une exposition au Kunsthistorisches Museum de Vienne et qui est sans conteste l’un des tableaux les plus fascinants de l’histoire de la peinture. Il s’agit d’un autoportrait où le peintre se présente de dos, assis devant son chevalet. Dans une atmosphère sereine auréolée de soleil, il montre une jeune fille coiffée d’une couronne de lauriers symbole de la Renommée qui tient dans ses mains les attributs de l’Histoire. Ses yeux clos ont une belle intensité expressive. Les jeux d’espace et de lumière séparent le peintre de son modèle en même temps qu’ils les lient. De subtils accords chromatiques relient objets et personnages. Vermeer conservait ce tableau dans son atelier, comme spécimen pour de futurs acheteurs. Il y tenait beaucoup et son épouse s’est efforcée de le garder, malgré ses difficultés économiques, après le décès du peintre.

Voir

« Vermeer, L’Art de la peinture », Kunsthistorisches Museum, Maria-Theresien-Platz, Vienne (Autriche), www.khm.at, jusqu’au 25 avril 2010.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°621 du 1 février 2010, avec le titre suivant : L’art de Vermeer

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