L’art contemporain amérindien à Paris

L'ŒIL

Le 1 juin 1999

près le printemps du Québec, l’été amérindien. En 1992 le musée des Beaux-Arts du Canada à Ottawa présentait une retentissante exposition intitulée « Pays, Esprit, Pouvoir », réunissant les œuvres de ce que les Canadiens appellent les autochtones, la nouvelle génération des « First Nations ».

Aujourd’hui, dans ce même musée, une énorme salle est consacrée au travail des artistes de ces « nations premières », descendants des Amérindiens et enfants des Indiens des réserves. Force est de constater que ces artistes canadiens autochtones sont nombreux, doués, et certains des stars célébrés jusqu’aux États-Unis. Pour que leur renommée atteigne notre vieille Europe qui ne les connaît absolument pas, le Centre culturel canadien de Paris a choisi d’exposer deux peintres, parmi les plus connus : Jane Ash Poitras et Rick Rivet. La vie de Jane Ash Poitras a un profil malheureusement classique. Appartenant à la tribu des Tchippewayane, Indiens des plaines, ses parents meurent de la tuberculose dans leur réserve alors qu’elle est toute petite, au nord de l’Alberta. Adoptée par une Allemande, elle est « bien élevée » chrétiennement à l’orphelinat, ce qui lui fait dire qu’elle parle mieux latin qu’indien, mais ce qui lui permet de faire les Beaux-Arts, des études de microbiologie et même d’obtenir un diplôme à l’université de Columbia de New York. C’est pendant son séjour aux États-Unis qu’elle se laisse impressionner par Rauschenberg et Jasper Johns. De Rauschenberg elle retient un style formel composé d’un patchwork d’images : des collages, des mélanges de mixtures et d’objets (plumes, bouts de tissus, perles, os gravés), d’écritures, juxtaposés à des éléments peints à l’huile et à des photos, souvent anciennes, « transférées » sur la toile, représentant aussi bien des chamans que des missionnaires. Elle utilise tous les pictogrammes  géométriques traditionnels des Indiens des plaines, comme les rayures colorées qui bordent les couvertures, les croix noires sur fond rouge, les étoiles, les bisons, les chevaux des tipis... Une peinture engagée, haute en couleur et puissante, sorte d’épopée ethnographique dont la préoccupation principale reste néanmoins celle d’une peinture contemporaine et universelle.
Rick Rivet, lui, est métis. Sa mère indienne vient des bords de l’Arctique. Adopté par une famille écossaise, élevé chez les missionnaires, il est également bardé de diplômes et vit en Colombie britannique. Et lui aussi utilise les signes indiens mais il les intègre de manière plus inconsciente. Moins lisibles et évidents, il faut deviner les symboles chamaniques comme les calendriers cosmiques, les roues de médecine, les croix qui indiquent les quatre directions, le labyrinthe des Hopis, les ronds des tambours, les formes des canoës... Un régal de peinture pleine de poésie.

Centre culturel canadien, 3 juin-1er octobre.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°507 du 1 juin 1999, avec le titre suivant : L’art contemporain amérindien à Paris

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