Renaissance

XVIE SIÈCLE

Langres, place forte des arts de la Renaissance

Par Margot Boutges · Le Journal des Arts

Le 29 juin 2018 - 810 mots

Le Musée d’art et d’histoire de la cité champenoise met à l’honneur son âge d’or architectural et artistique dans une exposition qui constitue une belle redécouverte d’œuvres de qualité jusqu’ici gardées en réserves.

Langres. Ces dernières années, plusieurs villes françaises, de Tours à Toulouse en passant par Lyon, ont exposé leur production artistique de la Renaissance. On aurait pu s’attendre à ce que l’exposition de Langres fasse figure de parent pauvre au sein de cette lignée. Beaucoup de personnes ne savent en effet pas situer cette ville de moins de 8 000 âmes sur une carte, ce qui laisse préjuger d’un foyer artistique assez mineur. Et si l’ouverture de la Maison des lumières Denis Diderot en 2013 a attiré l’attention sur la Langres muséale et que la Ville s’est engagée dans une politique de valorisation culturelle qui commence à porter ses fruits, le Musée d’art et d’histoire n’est quant à lui pas très connu et cache ses collections Renaissance en réserves. Pourtant, il a su organiser une exposition « Langres Renaissance » tout à fait intéressante.

Le ministère de la Culture ne s’y est pas trompé en lui attribuant le label « exposition d’intérêt national » et une subvention de 40 000 euros (la plus haute que prévoit le label) pour conforter ses frais de catalogue ou de scénographie. Un coup de pouce tout à fait mérité tant cette exposition témoigne d’un travail scientifique important au service d’une redécouverte artistique. Et il y avait de quoi faire ! L’unique étude globale sur la Renaissance langroise remontait à 1926. La Langres du XVIe siècle a pourtant connu un « âge d’or » : fichée sur un éperon rocheux, cette place forte royale où François Ier s’est rendu pas moins de six fois, a bénéficié de nombreux aménagements pour en faire une forteresse presque imprenable. C’est aussi le siège d’un des plus vastes diocèses de France, marqué par la figure du cardinal de Givry, évêque de Langres de 1528 à 1561, grand amateur d’art et mécène qui a notamment effectué de nombreuses commandes pour la cathédrale Saint-Mammès. La décennie 2010 a réactualisé l’intérêt pour cette période langroise, au travers de recherches sur le programme décoratif de la cathédrale, qui ont fait l’objet d’un colloque à l’Institut national d’histoire de l’art en 2012 ou d’une exposition-dossier à Langres en 2014.

Après ce galop d’essai, le directeur des musées de Langres, Olivier Caumont, et son assistant de conservation, Arnaud Vaillant, ont décidé d’exposer plus largement la Renaissance langroise. Durant quatre ans, les deux commissaires ont orchestré 43 chercheurs (qui ont livré un très volumineux catalogue) et réuni 172 œuvres. « C›est la plus grosse exposition que l’on n’ait jamais montée », assure Olivier Caumont. La manifestation investit les salles d’exposition temporaires du musée et se prolonge au sein des vestiges d’une chapelle romane intégrée au parcours permanent. Ont été sorties des réserves des chapiteaux composites, restes du jubé disparu de la cathédrale Saint-Mammès, une clôture de chapelle dont la dentelle de pierre incroyablement fine a été restaurée pour l’occasion ou encore ce bas-relief figurant Mars et Vénus à l’impressionnant jeu de plissés qui décorait une cheminée. Ces œuvres sculptées resteront dans le parcours permanent après l’exposition. Deux statues monumentales de La Vierge et Saint Jean constituent des moments forts de la présentation. Leurs belles lignes sinueuses ont été rattachées à la production des années 1550 de Dominique Florentin, sculpteur italien et troyen d’adoption. Arnaud Vaillant a retracé une partie de leur histoire : jadis placées au sommet du jubé de la cathédrale Saint-Mammès, elles ont été retrouvées sur la façade d’un couvent de Haute-Marne qui les prête aujourd’hui. À terme, elles pourraient ne pas retourner au couvent, où elles sont livrées aux intempéries, mais revenir à la cathédrale de Langres ou rester au musée.

La statuaire n’est qu’un des points forts du parcours qui fait la part belle à la gravure – le célèbre Jean Duvet était Langrois – ou la tapisserie, pas le biais de la tenture du cycle de la vie de Saint-Mammès prêtée par le Louvre. Commandée par le cardinal de Givry à des liciers parisiens, cette tenture dessinée par Jean Cousin ne comprend plus que trois pièces, dont deux qui décorent toujours la cathédrale de Langres. La peinture est sans doute l’art le plus mineur de la présentation. « Les quelques peintures sur bois qu’on a pu réunir ne sont pas sans charme, mais ne relèvent pas d’un très haut niveau », explique Olivier Caumont. La recherche faite autour d’elles n’en a pas moins été conséquente. Au point de « créer » un nouvel artiste au nom de convention : le maître de Richard Roussat, dont deux volets d’un triptyque très maniériste et frappé des armes de la famille Roussat qui clôturent l’exposition ont été rapprochés d’une peinture murale de la cathédrale de Langres.

Langres à la Renaissance
jusqu’au 7 octobre, Musée d’art et d’histoire de Langres, place du Centenaire, 52200 Langres.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°504 du 22 juin 2018, avec le titre suivant : Langres, place forte des arts de la Renaissance

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