Mercredi 11 décembre 2019

Lodève (34)

L’amour du réel et la tête dans les étoiles

Musée de Lodève - Jusqu’au 23 février 2020

Par Lina Mistretta · L'ŒIL

Le 29 octobre 2019 - 391 mots

Les musées d’Ixelles et de Lodève sont deux institutions très comparables en esprit et en dimensions, si elles ne le sont pas forcément en contenu.

Pendant ses travaux, Ixelles, près de Bruxelles, prête une partie de ses collections au Musée de Lodève, en Occitanie. L’exposition, composée de quatre-vingt-dix œuvres, offrant ainsi un panorama de l’art belge allant de la fin du XIXe au mouvement CoBrA. Le parcours, globalement chronologique, commence avec la vague paysagiste dans le sillage de l’école de Barbizon et du réalisme, que les artistes belges, à l’instar de Boulenger, se sont appropriés dans un grand souffle de liberté. Fin XIXe, les peintres se fédèrent autour du cercle des XX, dont font partie Toorop et Ensor. À l’initiative de son fondateur Octave Maus, les impressionnistes français exposent aux cimaises des XX : la déferlante opère sur la jeune génération. Émile Claus portera le genre à son apogée avec La Levée des nasses. Après l’exposition de Seurat à Bruxelles, toute une colonie de peintres, parmi lesquels Van Rysselberghe, Lemmen, Anna Boch, se consacrent à « l’art du petit point ». En 1905, les artistes prennent le pas du fauvisme qui arrive à Paris. L’attachement belge au réel se perçoit dans cette belle œuvre fauve de Rik Wouters, Nel au chapeau rouge. Le symbolisme concomitant aux expériences réalistes et impressionnistes est l’alternative des mondes intérieurs. Pétrifiant chez Fernand Khnopff, chimérique chez Félicien Rops, mélancolique chez Spilliaert. L’issue de la guerre et son lot de questionnements voit se former un groupe de peintres expressionnistes francophones aspirant à un art simple en contraste avec un « expressionnisme flamand » aux tonalités terreuses. Au même moment, un mouvement de fuite s’opère de manière plus radicale avec le surréalisme, dans lequel la Belgique occupe un rang de premier ordre grâce aux univers singuliers de Magritte et de Delvaux. Après la guerre, l’abstraction se met en place. L’exposition en fait une synthèse sur les trois dernières salles en deux voies : l’Abstraction géométrique et l’Abstraction lyrique. Elle se poursuit de manière structurée autour de la jeune peinture belge qui réunit toutes les expériences individuelles : la recherche d’équilibre plastique avec Delahaut, la voie cinétique avec Pol Bury, un point d’équilibre entre les deux avec Mortier, et enfin la veine ultralyrique autour de CoBrA, avec Asger Jorn et Alechinsky, qui ferme le ban avec une œuvre magistrale intitulée CoBrA de Transmission.

« Ensor, Magritte, Alechinsky… Chefs-d’œuvre du Musée d’Ixelles »,
Musée de Lodève, square Georges-Auric, Lodève (34), www.museedelodeve.fr

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°728 du 1 novembre 2019, avec le titre suivant : L’amour du réel et la tête dans les étoiles

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