Dimanche 20 janvier 2019

L’âge d’or de la céramique

L'ŒIL

Le 1 février 2003 - 400 mots

L’Art nouveau fut sans doute un âge d’or de la céramique. On peut en juger aisément à Beauvais, grâce à la présentation, au musée départemental de l’Oise, de près d’une centaine de pièces sélectionnées dans la collection de céramiques Art nouveau passionnément rassemblée par Madeleine et Stephan Strobel à partir de 1972.
Durant une courte période, dans le dernier tiers du XIXe siècle et autour de 1900, sous l’influence du japonisme ambiant, la perception de la céramique change. Ses techniques et ses matériaux – le grès essentiellement (dont on peut voir de beaux exemples dans l’exposition signés Jean Carriès, Adrien Dalpayrat, Ernest Chaplet, Alexandre Bigot et Auguste Delaherche...), mais aussi la porcelaine (Théodore Deck), la faïence (Émile Decœur, Émile Gallé, Edmond Lachenal), les pâtes d’émaux (Albert Dammouse) – apparaissent comme le moyen, pour l’artisan devenu créateur, de développer, dans la logique d’une esthétique des arts décoratifs qui lie le décor au support et associe « le beau à l’utile », des objets dont les formes et les décors sinueux, asymétriques, les textures, les coulures et les couvertes subtiles, s’inspirent du monde organique (batraciens, serpents, insectes, panthères mais aussi coloquintes et autres calebasses), de l’écume de la mer ou de la chevelure féminine.
Dans la seconde moitié du XIXe siècle, la révolution industrielle modifie profondément la vie quotidienne en Occident. L’ouverture du Japon en 1853 avait permis la constitution de collections d’œuvres extrême-orientales. Les Expositions universelles de 1867 et 1869, en présentant les productions traditionnelles du Japon, marquèrent profondément et durablement les peintres et les céramistes français. La céramique d’art prit alors un essor spectaculaire et les manufactures n’hésitèrent pas à faire appel à des artistes et à rivaliser d’innovation technique, nourrissant ainsi en retour les expositions universelles suivantes.
L’exposition permet de confronter les pièces de la collection Strobel de Londres aux œuvres Belle Époque conservées dans les collections permanentes du musée départemental de l’Oise, qui compte une riche collection d’objets Art nouveau (céramiques de Charles Gréber et Auguste Delaherche, mobilier de Gustave Serrurier-Bovy et de Henri Bellery-Desfontaines) et d’œuvres liées aux mouvements artistiques qui lui sont contemporains (Maurice Denis, Édouard Vuillard, Félix Vallotton, Ker Xavier Roussel...). Elle s’inscrit dans le prolongement du prêt de la collection Delaherche consenti en 2001 par le musée en faveur de la fondation Neumann à Gingins en Suisse.

BEAUVAIS, musée départemental de l’Oise, ancien palais épiscopal, tél. 03 44 11 43 83, 14 décembre-16 mars.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°544 du 1 février 2003, avec le titre suivant : L’âge d’or de la céramique

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